Même si la lecture en est assez technique, et non traduite à mon grand regret (c'est une tâche qui dépasse de loin mes talents de traducteur !), on peut se référer à l'Encyclopédie philosophique universelle (Les Notions Philosophiques - tome 1, Sylvain Auroux, 1998, PUF) pour distinguer connaître et savoir :
Le terme français connaissance, qui remonte au XIIème siècle, est un dérivé du verbe conoistre, apparu un siècle plus tôt et qui, à son tour, dérive du latin cognoscere. Tant le français connaissance, l'allemand Erkenntnis et l'anglais knowledge que l'anglais et le français cognition, comme l'allemand Kognition, renvoient, en dernière analyse, à la base indo-européenne ĝenē-, genō- au sens d'« être mentalement capable ». C'est de cette racine que sont également dérivés en grec les formes se rattachant au verbe gignōskō. Tandis que l'anglais organise le champ sémantique de l'action cognitive et de son résultat à partir de to know, l'allemand recourt à la dualité (er-)kennen/wissen et le français à celle de connaître/savoir. Le grec (oída, epístamai, gignōskō) et le latin (scire, noscere, cognoscere) montrent encore une plus grande diversité lexicale. Le latin cognoscere a le même sens que la forme sans préfixe noscere, dont le présent (nosco) signifie « j'apprends à connaître » et le parfait (novi) « j'ai appris, je sais ». L'acception de « connaissance en train de se faire » (le connaître) et celle de « connaissance faite » (concept ou idée) se retrouvent dans le substantif notio qui dérive du participe notus, « connu », et qui se trouve à l'origine du concept de « notion » dans la plupart des langues européennes modernes. Bien que l'espagnol conocimiento, l'italien conoscimento et le portugais conhecimento aient la signification de l'acte de connaître et de la faculté cognitive, ils ont pris aussi — principalement au pluriel — le sens de ce qu'on connait pour l'avoir appris. Parallèlement, le français connaissance peut signifier soit l'acte de présentation à l'esprit d'un objet et/ou sa pénétration intellectuelle, soit la faculté qui réalise cet acte, soit l'idée ou notion d'un objet comme résultat du processus cognitif. Bien que dans la langue courante, « connaissance » et « savoir » soient souvent utilisés indistinctement, les termes ne sont pas interchangeables, comme le montre tout essai de traduction du terme hégélien das absolute Wissen. Stricto sensu on peut concevoir l'absolu d'un savoir absolu réfléchi et total des conditions dialectiques qui l'ont mené à son propre achèvement, mais non pas une connaissance absolue, laquelle comporte en dernière analyse une contradictio in adjecto, étant donné que l'action de connaître — indéfectiblement liée à la finitude de l'action temporelle du sujet qui la réalise — ne peut en tant que telle aspirer à nommer ni la compréhension achevée de l'absolu, ni même l'intelligence absolue d'une chose finie. A la rigueur, c'est seulement le savoir en tant que terme et résultat clôturant le processus — temporel et donc fini — de connaissance qui peut être qualifié, dans certaines circonstances, d'absolu. Tenant compte de cette distinction, on comprend que le Dieu de l'onto-théologie (qui ne peut être pensé comme soumis aux conditions de la temporalité) ne soit pas capable de connaître. S'il existait, cependant, il serait tenu de tout savoir.