19

Le Grevisse note pour la première personne du singulier (794b dans l'édition 2008) :

au lieu de -e quand le pronom je est placé après le verbe, le [ə] final étant devenu [ɛ] tonique […] Toutes ces tournures appartiennent exclusivement à la langue littéraire.

Les exemples donnés incluent : « me trompé-je ? », « … commencé-je en cherchant mes mots », « du moins n'éprouvé-je pas », « eussé-je autant aimé », « Ô puissé-je », « Dussé-je ».

Il se trouve que j'utilise régulièrement cette construction pour les interrogatives au présent de l'indicatif (voir le premier exemple). Mon problème est : à part la très moche transformation en « est-ce que je » :

Me trompé-je ? → Est-ce que je me trompe ?

Y a-t-il d'autres moyens de reformuler afin d'éviter ce qui pourrait apparaître aujourd'hui comme une marque de pédanterie ?

  • 7
    Dans un contexte informel, la forme Je me trompe ? est sans doute acceptable. – Laurent Pireyn Aug 18 '11 at 8:26
  • 3
    Le "é" tonique remplaçant un "e", je crois que "disé-je" est de toutes façons incorrect. A mon avis c'est "Que dis-je?" Par contre, le passé ("Que disais-je") se prononce effectivement "è". – Joubarc Aug 18 '11 at 11:59
  • 5
    "Mange-je?" est mon préféré car il implique qu'on le prononce la bouche pleine si la réponse est "oui". – Knu Aug 24 '11 at 22:17
  • 1
    Effectivement, le <é> se prononce [ɛ] dans cette construction. On peut d'ailleurs écrire « me trompè-je ? » depuis la réforme de 1990. – JPP Sep 7 '11 at 9:44
  • 2
    On peut dire « Me trompe-je » /tʁɔ̃pʒ/ pour embêter les académiciens. – Evpok Sep 20 '11 at 19:02
13

Je pense que la « très moche » transformation « Est-ce que je me trompe ? » est la seule vraiment correcte. Par contre, de plus en plus de gens l’abrègent en « Je me trompe ? ». De la même manière, d'ailleurs que de plus en plus de gens diront « Tu crois ? » au lieu de « Crois-tu ? ». Je gage que ces gens-là trouveront « Crois-tu ? » aussi pédant que « Me trompé-je ? ».

2

Et Ai-je chanté juste ?

Cela n'a pas tout à fait la même signification, mais ça peut se dire aussi bien à l'écrit qu'à l'oral, dans les mêmes circonstances.

Quelqu'un qui voudrait dire « est-ce que je chante juste, en général ? » (sorte de présent permanent), dira n'importe quoi, mais pas ça ; il dira probablement : Est-ce que je chante juste ?

  • Dans les deux cas, tu utilises les tournures qu'il cherche à éviter, donc cela vaut-t-il bien la peine de déformer le sens pour ce faire ? – Nikana Reklawyks Oct 20 '12 at 9:28
1

En réponse à votre interrogation, il y a certainement d'autres moyens utilisés par la littérature, qui sans diminuer l'incise d'un discours, le réorganise ; par exemple :

  • transformer le présent interrogatif en un verbe à l'infinitif :

    ~ faire répondre à la question à la première personne, ~ laisser la réponse en attente pour intensifier l'attention sur les motivation de cette dernière.

  • se tromper sur ce sujet ? je le fais [parfois|toujours]/je ne le fais [pas|jamais] ...
  • se tromper sur ce sujet ? cela est [im]possible, en effet dans telles circonstances, il m'arrive de [ne pas] ...

Ajout

Cela fonctionne aussi avec les autres verbes cités, mais lorsque le verbe n'est pas le premier mot passer par le substantif :

  • Ô pouvoir ! Partageras-tu ta puissance pour que j'obtienne ...
  • Ô pouvoir ! Tu me manques tant pour y arriver !

En revanche, lorsqu'il n'est pas en incise, le présent sonne mal, car l'ici et maintenant n'est plus et l'on fait référence à quelque chose de passé :

  • ... ai-je commencé en cherchant mes mots.

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