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Il y a quelques questions sur les jurons, individuellement; il y en a une au sujet des sacres au Québec; sur Wikipédia, on a un article complet sur les sacres au Québec. En ce qui a trait au juron religieux en littérature française, on a très peu d'information. J'ai appris que le capitaine Haddock n'a jamais prononcé sacrebleu de sa vie, mais encore ?


De quels mots se compose généralement le patrimoine historique du juron religieux en France ? A-t-on une idée de la chronologie de l'attestation des emplois en littérature universelle ? Quels sont généralement les contextes d'emploi des jurons; les auteurs s'autorisent-ils eux-mêmes les jurons où les mettent-ils dans la bouche de leur personnages; le cas échéant est-ce toujours vulgaire; y a-t-il un profil type de celui/celle qui jure en littérature française ? Le juron français a-t-il toujours la même fonction dans l'histoire et quel est l'impact de la sémantique des éléments constituants sur la fonction, si impact il y a ?

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À défaut d'avoir l'expertise pour faire une recherche lexicographique avec datation, on peut faire un exercice de présentation de l'information. Voici un tri1 de quelques éléments des sections d'étymologie au TLFi en ce qui a trait au patrimoine du juron religieux français. La sélection est basée, arbitrairement, sur les mots sacresangnomDieu, essentiellement, avec certains euphémismes, altérations ou curiosités; incluant les liens vers les vedettes, et tous les contextes en littérature (universelle) des sections étymologie pour les entrées produites :

1174-77 par Dieu (Le Roman de Renart, éd. M. Roques, br. III, 4054)
1179 por le cuer bieu (Renart, éd. M. Roques, 563)
1220 par le cuer bieu (G. de Coincy, II Miracles 13, 698)
1205-50 por le cuer Dieu (Renart, 13604)
---- li cors Dieu le maudie (Moniage Guillaume, Première rédaction, 196, éd. W. Cloetta, t. 1, p. 9)
1368 par le sang de Dieu (par le sambuy, Arch. J.J. 99, pièce 179 ds Gdf.)
1377 par le sanc Dieu (d'apr. FEW t.11, p.177b)
1402 par le sanc bieu (Arch. Nord B 11513, fol. 4 vods IGLF; par ex. Pathelin, 1460)
1534 le corps Dieu (Rabelais, Gargantua, XXVII, éd. Marty-Laveaux, t. 1, p. 105)
1546 corbieu (Rabelais, Tiers Livre, VII, t. 2, p. 43)
1549 et sacre du Gouvernement (Agréable réc. ds Ch. de mazarin., I, 16 ds Quem. DDL t. 19)
1552 Sacre Dieu (Rabelais, Quart Livre, chap. 47, éd. R. Marichal, p. 268), attest. isolée
1564 cor dieu (Rabelais, Cinquième Livre, XIII, t. 3, p. 53)
1577 parbieu (R. Belleau, Reconnue, V, 1 ds OEuvres, II, 428 ds IGLF)
1642 par la sacre-bleu (G. Brunet, Le Nouv. siècle de Louis XIV, 8 ds Quem. DDL t. 19)
1643 parbleu (Scarron, Recueil de quelques vers burle., 15 ds Richardson, p.199)
1664 par la morbleu (Molière, Princesse d'Elide, 1erintermède, scène 2)
1665 morbleu (Id., Dom Juan, III, 1)
1665 dame (Id., Dom Juan, III, 1, p. 58)
1668 corbleu (Molière, Georges Dandin, I, 4)
1690 tredame (comme dame, abréviation basée sur par Notre-Dame/damedieu, la Vierge Marie) 1691 palsambleu (Dancourt, La Folle Enchère, 196 ds IGLF)
1745 sacrebleu (Godard d'Aucour, L'Académie militaire, I, 49, ds Quem. DDL t. 17).
1750 sacrelote ([Vadé?] Le Paquet de mouchoirs)
1750 sacre non pas d'un chien (J.-J. Vadé, Le Paquet de mouchoirs, p. 41)
(1752) cordieu (Trévoux, err.?)
1757 par la sacredié! (aussi) (J.-J. Vadé, Œuvres posth., p. 254)
1789 sacre-nom d'un cœur (Compl. des poiss. de Par. à MM. les élect., p. 4 ds Quem. DDL t. 19)
1790 saguernon
1790 sacré nom d'une pipe
1790 sacristie (Le Père Duchesne, p. 2 ds Quem. DDL t. 32: ah! Sacr...istie...)
1805 (1790 DHLF/Rey) nom de Dieu! (Courier, Lettres Fr. et Ital., p.699)
1808 sacristie (Hautel, s.v. sacrebleu!)
1809 saperlotte (Désaugiers et Gentil, M. La Gobe, p. 12 ds Quem. DDL t. 18)
1827 sacristi! (Cavé et Dittmer, Les Soirées de Neuilly, I, p. 360-1 ds Quem. DDL t. 15).
1828-29 sacredieu (Vidocq, Mémoires, t. 3, p. 160)
1834 (1799 DHLF/Rey) nom d'un petit bonhomme ! (Balzac, Eugénie Grandet, 1834, p. 190)
1835 saquerlotte (Balzac, Chabert, p. 10)
1835 sapristi (Balzac, Goriot, p. 253). Corruption de sacristi*.
---- sapristoche
1835-1900 pristi
1840 nom de nom
1843 nom d'un nom
1851 saprelotte (Labiche, Chapeau paille Ital., V, 9, p. 125)
1864 saperlipopette (Rimbaud, Proses et vers de collège, I ds Œuvres compl., Pléiade, 1963, p. 5)
1864 saperlipotte/saperlipopettouille/saperlipouille/saperpouillotte (Ibid., voir aussi Q&A)
1866 cristi
1869 nom d'un chien (ventre-non d'un, 1744, DHLF/Rey)
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crébleu (sacrebleu) Maupassant (Hist. vraie, 1882)
crebleu Courteline, (Train 8 h 47, 1888)
crédieu (sacredieu) Bernanos (Imposture, 1927)
crénom (1847, DHLF/Rey) (sacré nom de Dieu) Montherland (Lépreuses, 1939)
crédié Bernanos (Ouine, 1946)


Varia

1250 par le sacrement (orig. saccrament, 980, DHLF/Rey) (Doon de Mayence, éd. Gues. 6247)
(1900-) sacrement (La Varende, Roi d'Écosse, 1941; M. Tremblay À toi, pour toujours..., 1971)

[ Trésor de la langue française informatisé, TLFi, aux sections étymologie pour toutes les vedettes suivant les dates, avec quelques ajouts provenant du Dictionnaire historique de la langue française, sous dir. Alain Rey, ed. Le Robert ]

Cette présentation n'autorise aucune conclusion; on observe certaines transformations, l'altération par euphémisme, le changement de préfixe/suffixe, qui éloignent lentement du sens distinct des mots; on note que le juron religieux est représenté dans la littérature et que les mots sélectionnés sont prolifiques; on note que les emplois nom de + substantif sont relativement récents. Il faut s'approprier les contextes et se faire une idée des emplois au delà des généralités. Pour avoir une brève idée de l'usage au corpus de Google, voir ce ngram (variété), ce ngram (parbleu + jurons modernes), et ce ngram (nom de + subst.).


1. Évidemment, la liste n'a pas vocation à étayer l'apparition des jurons à l'oral, ni même les premiers emplois à l'écrit, au-delà de ce que font les sources choisies (TLFi sections ety., DHLF/Rey). La liste présente des exemples représentatifs des certaines époques avec des auteurs et des œuvres davantage connus. Il s'agit d'une exploration. Il y a d'autres avertissements à formuler: je fais miens les commentaires qu'on a faits ici sur Rimbaud quand on remarque qu'il a 10 ans lorsqu'il utilise saperlipopette et que certains choix peuvent refléter l'usage du temps, par exemple à l'oral; certainement un auteur de la trempe de celui-ci peut inventer des mots; d'autre part le mots ne tombent pas du ciel et ils s'inscrivent justement dans un contexte historique et/ou qui relève d'un choix particulier qu'un auteur fait (registre, etc.). La liste reflète cette réalité et présente quelques jalons pour fins de réflexion sur les questions posées.

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