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Dans sa chanson Le Tour de l'Île (1975), Félix Leclerc2 a écrit :

Pour célébrer l'indépendance
Quand on y pense
C'est-y en France
C'est comme en France
Le tour de l'île
Quarante-deux milles
Comme des vagues les montagnes
Les fruits sont mûrs
Dans les vergers
De mon pays

[ Félix Leclerc, Le Tour de l'Île (1975), avant-dernier couplet ]

Ailleurs dans le texte en refrain on trouve ben pour bien, et ainsi on pensait avoir entendu ici quelque chose comme « c'est-tu [comme] en France / [que] c'est-tu pas comme en France », une forme d'alternative sur l'idée d'adéquation, mais non, c'est bien c'est-y [sε.ti], et sans les ajouts imaginés ni point d'interrogation. Dans d'autres contenus on a présenté l'idée de la particule interrogative, un élément de syntaxe surtout fonctionnel, et le contenu Wikipédia sur le sujet, où on a l'exemple « C’est-y pas possible » ; et donc on comprend qu'il s'agit essentiellement d'une seule et même chose dans tous les cas que ces pseudo-pronoms/particules. C'est entre autres une forme de notation de la prononciation populaire (voir y ; aussi, différemment, y locatif etc. ; il, réduction latin ille à i ancienne etc.) mais il y a des nuances.2 La question porte sur l'application de ces concepts et nuances aux deux propositions (en surbrillance dans l'extrait) que je peine à comprendre.


  • Dans C'est-y en France, s'agit-il bien de cette particule/usage particulier et comment exactement (registre ; F. Leclerc prononce-t-il [ti] ou [ty] ; -y, variante québécoise ou française ; interrogative ou exclamative ; toute autre information pertinente sur la construction avec en qu'on enchaîne sans alternative ni négation), et y a-t-il une raison pour laquelle on utilise y plutôt que ti, tu, t'i ou i etc. ?
  • Quel est donc le sens exact qu'exprime l'auteur avec la combinaison C'est-y en France/C'est comme en France ; ces deux paroles vont-elles ensemble, et comment ?
  • Généralement, au Québec, entend-on -tu et -ti comme des variantes équivalentes ?

Notes

1 Pour brièvement situer le poète à son époque et aux lieux, selon l'article Wikipédia, Félix Leclerc : 1914, La Tuque (Québec) — 1988, Saint-Pierre-de-l'Île-d'Orléans (Québec) ; Chevalier de la Légion d'honneur, 1986. Il passe au moins trois ans en France (1950-1953), où il contribuera de manière importante au rayonnement de la chanson québécoise.

2 Dans Le bon usage (Grevisse et Goosse, ed. Duculot, §§395, 659, 1106, 1108, [que cette note paraphrase abondamment]) on traite du sujet sous différents angles, en particulier le « [ti] dans l'interrogation » (§395). On dit que de la syllabe -t-il(s), la prononciation populaire [ti], de la même manière que il donne [i] dans différents contextes. C'est-à-dire avec une consonne, il/ils comme [il] (soutenu), [i] familier ; devant voyelle [ilz] (soutenu), [iz] (familier), [i] possible au Québec (populaire). Et d'ajouter que quand le pronom suit le verbe, la prononciation [i] est clairement plus familière, et à l'origine du [ti]. On note au passage l'amenuisement représenté graphiquement dans oui, nenni/o il, nen il (en effet, de o je, o tu, o il, seul ce dernier demeure ; ce o, c'est ce démonstratif latin hic/haec/hoc, cela.). Ce ne sont pas des phénomènes récents que ces amenuisements. On dit aussi c'est-il, au 15e, mais avec un graphie [ti] tellement perçu péjorativement qu'on l'évite même au 18e à l'écrit, même dans la bouche de personnages populaires !

Ce n'est qu'ensuite qu'on traite de l'usage senti dans différentes régions pour marquer l'interrogative, même avec un verbe à la troisième personne, même avec le pronom il précédant ce verbe, et généralement que le sujet soit au masculin ou au féminin (on réfère aux cas du genre : « il viendra-t-il te voir » où l'on prononce [i] dans les deux cas). Le LBU mentionne que le tour [ti] interrogatif est « bien vivant » en Normandie et au Québec ; autrement en recul, malgré l'opinion que certains en avaient :

C'est le symbole unique de l'interrogation, dont la langue avait besoin. On voit avec quelle ingéniosité souple et tenace elle se l'est créé.

[Vendryes, Langage, 203, présenté au LBU §395]

Et c'est là qu'on dit, [ti] au Québec souvent prononcé [ty], c'est-à-dire comme tu. On comprend l'utilité d'une fonction qui permette de faire une question ou une variante exclamative utilisant c'est-ti vrai, d'une affirmation comme c'est vrai (mon opinion). Au LBU on conclut sur l'emploi avec c'est spécifiquement, pour dire que parfois on a la graphie c'est-il, dans le même sens, peut-être sous l'influence de « cela est-il », mais sans aucune idée d'imiter la langue populaire : « c'est-il mer qui explique qu'amarrer est un verbe « ne se rencontrant que sur le bord de la mer » ? » (Millardet, Revue des langues romanes, 1923). Pour plus d'informations sur le contexte du québécois, nord-américain, voir notes sur Wikipédia (par ex. 1, 2).

1

1) Je crois qu'il s'agit clairement de cet usage oui. Ici le -ty ressort je crois surtout à cause de la référence au pays en question: Félix veut inclure un usage typiquement franco-français.

2) Dans cette optique, la phrase ne peut avoir d'autre sens que "Est-ce [que c'est] en France?". Toute recherche de sens plus approfondie relève clairement non de l'analyse linguistique mais bien de l'analyse littéraire.

3) Au Québec, la formule normale est en -tu. La formule en -ti serait comprise, mais perçue comme étrangère, voire incorrecte si la personne qui l'entend se trouve n'avoir jamais entendu ou lu l'expression chez des Européens.

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