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Ô fantôme muet, ô notre ombre, ô notre hôte,
Spectre toujours masqué qui nous suis côte à côte,
Et qu’on nomme demain !

[ Victor Hugo, Napoléon II - ds. Les Chants du crépuscule, extrait ]

Dans le deuxième vers de l'extrait, on a un sujet (spectre) et un pronom relatif (qui) qui y fait référence et puis un accord du verbe suivre qui n'est pas à la troisième personne du singulier (suit).

Comment et pourquoi ?

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Le verbe n'est pas à la troisième personne du singulier tout simplement parce qu'il est à la deuxième personne du singulier, puisque le sujet est la personne à qui s'adresse le discours. La deuxième personne ne nécessite pas le pronom tu, c'est seulement le cas le plus courant.

Prenons un exemple simple où le sujet est un pronom relatif :

Toi qui es grand, attrape ce livre sur l'étagère du haut.

Le sujet de es est qui, mais c'est l'interlocuteur, donc on conjugue à la deuxième personne. On ferait de même à la première personne :

Moi qui suis grand, je peux attraper ce livre sur l'étagère du haut.

Il est nettement plus rare de se passer de tu dans une proposition principale. Dans mon premier exemple, « toi qui est grand » n'est pas le sujet du verbe attraper, c'est une apostrophe ; le verbe attraper est à l'impératif et n'a donc pas de sujet grammatical. Dans mon deuxième exemple, le sujet est repris par le pronom je. En français moderne, je crois même que la reprise du pronom est indispensable, mais on pourrait trouver une construction comme « (?) moi qui suis grand puis attraper ce livre » dans la langue littéraire classique, et surtout en poésie.

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Les vers précédents expliquent tout : il parle au fantôme / spectre.

Nul ne te fait parler, nul ne peut avant l'heure

Ouvrir ta main froide.

Le verbe est donc (tu) suis et non pas (il) suit.

  • 1
    Il s'agit donc de 《toi qui nous suis》. – JeromeJ Oct 18 '15 at 16:47
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Il s'agit d'une apostrophe (2) ou d'une interpellation, et « ô », généralement une interjection, en est souvent l'introducteur spécifique dans la langue littéraire. La particularité est que « [l]e mot en apostrophe appartient à la deuxième personne grammaticale » (Le bon usage, Grevisse et Goosse, ed. Duculot, au §376, que l'on consultera pour plus de détails), ce qui correspond au vocatif1 en latin, d'où (tu) suis :

Adieu, meuse endormeuse et douce à mon enfance,
Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas

[ Peguy, Morceaux choisis]

Il ne faut pas confondre ces cas avec ceux de l'apposition et de l'injure (+ impératif, par exemple). On dit (LBU) cependant que la nuance est en effet parfois assez subtile et l'exemple présenté ainsi que le suivant sont donc matière à réflexion :

Ô plaisir, bélier qui te fêles le front et qui recommences.

[ Colette, Le pur et l'impur, Pl. ]


1 Tel le fameux prototype césarien « tu quoque, filī » , que César a sans doute dit en grec, si du tout.

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