On a déjà entendu (au Québec) l'accroire employé comme nom masculin basé sur l'infinitif du verbe accroire pour la chose qu'on fait accroire, la chose qu'on sait ne pas être vraie ; surtout en locution avec faire (des). On semble avoir déjà eu le substantif en France aussi :

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Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW), Le dictionnaire étymologique et historique du galloroman (français et dialectes d’oïl, francoprovençal, occitan, gascon), vol. 2 (C Q K), 1305b, accredere (Atilf).

Par ailleurs on a le faire accroire substantivé (« Mais moi je suis Mara Vercors qui n'aime pas l'injustice et le faire accroire. » P. Claudel, au TLFi), assurément dans les parages. Généralement, un nom de forme simple dérivé d'un infinitif prend la marque du pluriel le cas échéant (BDL, par ex. des plaisirs, du verbe plaisir en ancien français, qu'on ne reconnaît sans doute plus aujourd'hui).


  • Peut-on étayer de manière plus crédible (œuvre, lexique) l'emploi du nom accroire(s) au Québec ?
  • En France (ou ailleurs) est-ce qu'on entend faire des accroires aujourd'hui en langue parlée et a-t-on un exemple en littérature (universelle) de l'expression ou de l'emploi en substantif (surtout au pluriel) de l'accroire ?
    • Autrement, comment dirait-on communément l'équivalent de l'expression faire des accroires (à quelqu'un), de la phrase ce sont des accroires, et du nom accroire(s) ?
  • 2
    Comme dit cl-r, jamais entendu en France... – Random May 13 '16 at 7:07
  • Et que veut dire cette expression au Québec? Impossible de trouver un équivalent d'une expression qu'on ne comprend pas. – Anne Aunyme May 13 '16 at 10:13
  • 1
    This doesn’t address the “nounification” (or not) of either one, but I find interesting the similarities (esp their [& their Latin roots’] spelling but also their lack of modern noun forms & imo, their general “weirdness”) between “[faire] accroire” & “accroître,” & to the extent that the “rendre plus/augmenter [what/however]” notion of “accroître” could be/have once been similar to the “Rendre plus intéressant en ajoutant des détails plus ou moins exacts” notion of “embellir” (i.e., “mensonge par embelissement/exagération”), perhaps there’s a [lost] connection that’s relevant to your inquiry. – Papa Poule May 13 '16 at 16:13

Accroire est ancien, il est tombé en désuétude

Accroires, mot récent inconnu de Grammalecte, ne fait pas partie du vocabulaire parlé en France

Liste d'exemples québécois d'accroires


Familièrement on dit « Tu me racontes des craques » pour « Tu veux me faire accroire que ... »

Québécois ici. Personellement, n'ai jamais entendu ce mot employé comme nom. Malgré tout, les exemples ne manquent pas rien que sur le site de La Presse. C'est surtout dans les citations ou les commentaires, donc clairement perçu comme un usage oral (remarquez d'ailleurs les guillementsdans certains examples):

Moi j'aurais tendence à dire tu me niaises ou t'essaye de me passer un sapin. Faires des accroires, ce n'est absolument pas usage qui me vient naturellement.

  • +1 Rien que pour "t'essayes de me passer un sapin". – 永劫回帰 May 13 '16 at 12:59
  • Merci ! Oui j'ai remarqué les guillemets pour le registre etc.. On ne semble pas toujours assumer l'emploi, ou on corrige ou je ne sais trop. J'ai trouvé aussi directement à l'Ass. nat., encore avec guill. si je me souviens bien, p.-ê. être utilisé pour marquer le fait que la personne ne peut employer le mot mensonge dans ce contexte et qu'on appuie, mais c'est un cas bien particulier. C'est intéressant. Merci ! – dévastator de constuctors May 17 '16 at 20:59
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Un complément. D'abord, la référence du FEW à (1784, Restif, Gohin) ; c'est que Ferdinand Gohin note en 1905 dans Les transformations de la langue française au XVIIIe siècle (1740-1789) que Restif de la Bretonne (Bourgogne-Franche-Comté) l'aurait écrit dans son oeuvre La Paysanne pervertie (1784) : « De tous les accroires qu'on nous a faits. » (II, 502). Je ne peux retrouver ce passage mais trouve deux autres oeuvres du même auteur où il l'emploie :

Vous me contez là des coccigrues, la Bonne, & vous me prenez pour une Enfant, à quî l'on fait des accroires : je ne suis pas faite d'hier.

[ Les contemporaines, ou Avantures des plus jolies femmes de l'âge présent, Nicolas-Edme Rétif de La Bretonne, 1780-1785 ]


Bast! dit en riant Brancabanda : alons-donc ! vous voudriez me faire des accroires, & me persuader que des vessies sont des lanternes.

[ Le Nouvel Abeilard ; ou Lettres de deux amans qui ne se sont jamais vus..., Nicolas-Edme Rétif de La Bretonne, 1778 ]


Dans un ouvrage de référence assez récent (2011), le Dictionnaire des régionalismes des îles de la Madeleine (Chantal Naud), on identifie l'accroire pour les « idées fausses, mensonges, imaginations erronées » et on donne entre autres des exemples d'Anselme Chiasson (Le diable Frigolet) et d'Antonine Maillet : « C'est ben, que j'y dis, faut pas se faire des accrouères. » (La Sagouine, 1971). Les Acadiens le connaissent assurément. Par ailleurs, dans l'oeuvre de Felix-Antoine Savard, Menaud, maître-draveur, on trouve :

Et, plus tard, le voyant au-dessus des autres, comme un pin de haut lignage aux clochetons pleins d'azur et de rumeurs, il s'était lui, Menaud, dressé tout droit dans l'orgueil de son sang, et s'était fait des accroires d'avenir.

Joson ferait son chemin, sa marque ...

[ Menaud, maître-draveur, Felix-Antoine Savard, 1937 ]

On le trouve aussi dans une œuvre plus moderne comme le théâtre de Marie Laberge : « On s'fait des accroires, on vit un bout d'temps avec, y s'écrasent, y font pus, on change d'accroire pis on fait un aut' bout. » (Le faucon, 1991). Ou dans La traversée de la ville, par exemple, chez Michel Tremblay (2008) : « Depuis que les hommes font des accroires aux femmes, que les femmes s'arragent pour les croire. »


Ça ressemble beaucoup à raconter des histoires (Fam. et péj. Le plus souvent au pluriel. Récit mensonger, propos fallacieux. Je ne crois pas un mot de vos histoires. Cet enfant raconte des histoires. Ils ont inventé toute cette histoire., Ac. 9) , ou des balivernes. L'usage en est parfaitement naturel pour moi (Québec, sud-ouest), surtout avec se faire/faire/c[e n']est rien que des.

  • C'est vrai. Au nominal "des histoires" est une bien meilleure définition que ce que je suggérais. – Circeus May 17 '16 at 14:12

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