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J'aimerais savoir si un e muet pouvait se prononcer en l'influençant par la ponctuation ?

Par exemple si j'invente un vers :

Mon aimée éternelle, es-tu déjà partie ?

Doit-on compter le e final de "éternelle" ou non, étant donné qu'on marque une pause avant le "es-tu" ?

Est-ce aussi le cas si on change la virgule en un point virgule, ou en un point tout court ?

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    Non, la ponctuation ne permet pas de le prononcer même si ça fait une coupure (personnellement c'est plutôt le raisonnement inverse que j'aurais eu : est-ce que placer une virgule permet de ne pas prononcer le e malgré une consonne qui suit ? Et c'est non également il me semble). – Destal Jul 9 '16 at 11:26
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En poésie, en général, on prononce le E muet si le mot suivant commence par un son consonne (y compris un H aspiré), et on ne le prononce pas si le mot suivant commence par un son voyelle. La présence de ponctuation à l'intérieur du vers ne change pas cette règle générale.

En fin de vers, on ne prononce pas le E muet — il ne compte pas dans le nombre de syllabes — mais un vers qui se termine par un E muet ne rime pas avec un vers qui ne se termine pas par un E muet : on parle de rime féminine ou masculine. Une finale qui se termine par une voyelle suivie d'un E (allée, finie, vue, …) est aussi féminine.

Ces règles générales admettent des exceptions. Une part de l'art du poète est de savoir quand respecter les règles et quand dévier à bon escient.

Voici quelques alexandrins (12 syllabes) de Victor Hugo (tirés de La Légende des siècles) qui illustrent ces règles. Les e gras sont prononcés, les [e] entre crochets sont muets. J'ai aussi indiqué par une barre oblique les di/érèses (prononciation en deux syllabes d'un mot qui serait habituellement prononcé avec une diphtongue).

« Puissance égale bonté »

Et l'ouragan l'aidait, étant démon lui-mêm[e]. L'Être, parlant du haut du firmament suprêm[e],
Dit:--Que veux-tu de plus?--Et le grand pari/a,
Levant sa têt[e] énorme et triste, lui cria:

Voici tout ce que j'ai. Je te le donne. Prends.

« Au Lion d'Androclès »

Femme grosse, vieillard débil[e], enfant qui tett[e],
Captifs, gladi/ateurs, chrétiens, étaient jetés
Aux bêtes, et, tremblants, blêmes, ensanglantés,
Fuyaient, et l'agonie effarée et vivant[e]
Se tordait dans le cirqu[e], abîme d'épouvant[e].

Un peu plus loin dans « Au Lion d'Androclès », on trouve des déviations :

Ju/ifs sans langu[e], poltrons sans poings, larrons sans yeux;
Ainsi que dans le cirque atroce et furieux

On pourrait dire « juifs·sans·lan·gue » mais le rythme serait décalé par rapport aux deux autres groupes (1 2 sans 3), donc je pense qu'il faut lire « juifs » avec deux syllabes et « langue » avec une seule. Dans le second vers, « atroce et furieux » ne compte que 5 syllabes. On ne peut pas faire de diérèse sur « furieux » car cela briserait la rime avec « yeux », il faut donc prononcer soit le E de « cirque » soit celui d'« atroce ». Je trouve que « Ain·si·que·dans·le·cirqu | e·a·troce·et·fu·rieux » sonne mieux que « Ain·si·que·dans·le·cirque | a·tro·ce·et·fu·rieux » mais je n'ai pas d'argument solide pour cette préférence.

  • Je découperais les derniers vers comme ceci : « juifs·sans·lan·gue|...» et « Ain·si·que·dans·le·cirque | a·troce·et·fu·ri·eux » Racine n'a pas de scrupules à faire rimer yeux et furieux: « L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux, || Parmi des flots d'écume, un monstre furieux. » – jlliagre Jul 11 '16 at 22:03
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En poésie, et uniquement dans ce contexte, tout mot se terminant par un e habituellement muet comme ici l'adjectif éternelle se prononce éternelleu quand il est suivi d'une syllabe commençant par une consonne ou un h aspiré, mais uniquement dans ce cas. S'il est suivi par une syllabe commençant par une voyelle, le e final ne sera jamais prononcé. La présence d'une ponctuation n'affecte pas cette règle.

Voici en revanche un exemple d'alexandrin où ce e est prononcé :

Tout aimer, et, Dieu bon ! incessamment traduire,

Pour l'œil intérieur comme pour l'œil charnel,

L'éternelle pensée en spectacle éternel ?

Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres

  • 1
    Réponse évidemment exacte mais pas assez générique à mon avis, il demandait si, de manière générale, la ponctuation en plein milieu d'un vers, entre un e muet et un mot commençant par une voyelle, pouvait obliger la prononciation du e. – Destal Jul 9 '16 at 11:30
  • @SimonDéchamps Précision ajoutée à ma réponse. merci ! – jlliagre Jul 9 '16 at 12:57

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