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Jacques Cartier, le 6 septembre 1535, lors de son deuxième voyage, traite ainsi de ce qu'il voit :

enter image description here [ Extraits de deux éditions (Gallica, Books) des Voyages de découverte au Canada, entre les années 1534 et 1542, de Jacques Cartier ; voir surtout le manuscrit 5653 de la Seconde navigation, de la main de Cartier ; aussi documentaire. ]


Il s'agit d'une description de l'Île aux Coudres sur le fleuve Saint-Laurent. Le coudre est un noisetier. On fait usage de la préposition archaïque ès, aujourd'hui réservée à des trucs figés et aux noms de lieux (on donne souvent en toponymie l'exemple Riom-ès-Montagnes), par contraction de la préposition avec l'article défini au pluriel dans en les.1 C'est presque exclusivement employé avec un nom au pluriel. Au LBU14 on en discute (§580), et dans une note (H5) on signale que « [a]u et parfois aux ont absorbé les formes contractées avec en » mais pourtant on dit plus loin que généralement ès est assimilé à une préposition avec pour valeur essentiellement en. De plus, dans les dictionnaires, on ne mentionne pas (Larousse, Wiktionnaire) la préposition à avec l'article (au/aux) et on réfère toujours uniquement à en/dans/en matière de.

  • Que voulait-on dire exactement avec ce ès dans Île ès Coudres ; est-ce un emploi particulier par métonymie qui diffère des autres emplois de ès dans le texte ; au final Île ès Coudres et Île aux Coudres sont-ils équivalents ?
  • Si on modernise des noms (de lieux) en France et ailleurs, qui contenaient ès (nom ès nom), est-ce avec la préposition à (au/aux), avec en (les)/dans (les), ou avec les seul ; pourquoi ?

1 Ens ès ; voir aussi ille, en article, au FEW ; on peut aussi explorer dans l'ALF la prononciation de l'article (les arbres, aux autres, aux quilles) etc. dans les dialectes du français.

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    Avais-tu lu ceci, parce qu'il me semble que ça répond à ta/tes question(s), et plus. Je n'ai pas le temps d'en faire une réponse pour l'instant. – Laure Aug 23 '16 at 13:41
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    @Laure Merci, non je n'avais pas lu, là oui. Mais c'est qu'on peut aisément concevoir un nom de lieu dans les montagnes, mais un lieu dans un noisetier, à un noisetier, alors que l'Île est située dans l'eau sur le Fleuve. Pourquoi Cartier n'a-t-il pas utilisé des, par exemple ? J'ai même pensé un moment que son emploi de ès dans Isle ès Couldres c'était humoristique (submergé par); me suis demandé si même il avait pu dire aux mais écrire ès ; si on ne voulait pas écrire la préposition à pour la même raison que la vision étendue/ponctuelle avec noms de pays i.e. à pas utilisé quand la – user3177 Aug 23 '16 at 20:33
  • destination est atteinte (ad pour accusatif de direction vs. a ablatif de situation). Aussi j'ai remarqué des noms du genre (je brode un nom) St-Pierre-les-Liens. J'infère que certains de ces noms comportaient ès auparavant, et si c'était exact je me demande pourquoi on n'a pas aux dans ces cas, etc. Mutatis mutandis avec en/en les. Une réponse serait la bienvenue ! Merci. – user3177 Aug 23 '16 at 20:38
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Je n'ai pas en tête d'exemple de modernisation de noms de lieux comportant la préposition ès, en revanche il semble qu'elle signifie plus souvent en, dans ou au milieu de que aux. Je pense aux noms de Val-ès-Dunes en Normandie ou de Pierrefitte-ès-bois dans le Loiret par exemple.

Concernant l'Île-aux-coudres, le texte de Jacques Cartier que vous citez sert d'introduction à un beau film que Pierre Perrault et Michel Brault y tournèrent dans les années 1960: Pour la suite du monde. L'île est alors entourée de troncs d'arbres, plantés dans l'eau pour servir de piège dans la chasse aux marsouins. Cette technique n'existait probablement pas lorsque Cartier arriva sur les lieux, mais donne a posteriori une autre dimension au ès qui vous pose problème!

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    ouille! Il était tard, j'ai mélangé les Perrault et oublié Michel Brault! Désolée, je corrige! – Lucile May 22 '17 at 13:05
  • Merci ! Je connais bien ce documentaire de Brault, qui m'inspire en partie la question. Bienvenue en passant. Notez que ce n'est pas l'Île qui est entourée mais bien une zone à la pointe sud-ouest de ladite Île, un enclos pour ainsi dire, constitué de 3500 harts ou petits troncs d'arbres enfoncés dans le fond du fleuve et disposés en forme de "C" de sorte qu'à marée basse le marsouin s'y prenait en contexte de pêche commerciale avant 1924. La « trace » de la pêche ce sont ces chicots ou ce qui reste des perches plantées lors des pêches précédentes. Mais ce ès m'intrigue toujours ! – user3177 May 22 '17 at 23:00
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Je ne résouds rien ici, mais voici quelques réflexions à la lumière des documents présentés, certaines réflexions ne faisant d’ailleurs que reproduire d’autres déjà émises ici.


L’article lié par Laure en commentaire à la question ainsi que le TLFi mentionnent la prononciation [ε] pour ès. L’absorbption par au/aux de certaines utilisations anciennes de ès semble reférer principalement à des noms de lieux, où l’occupation continuelle du lieu a sûrement plus facilement maintenu l’absence du son « S » dans le nom, ne modifiant que la valeur de la voyelle dans certains cas, et peut-être l’orthographe du lieu dans le cas de l’île aux Coudres. La résurrection du mot dans les expressions comme ès lettres est un phénomène différent, érudit et très occasionnel, non local et quotidien, auquel l’usage a ajouté la prononciation du « S ». On a alors collé de près à une définition précise et historique (contraction de « en les »), et il n’y avait aucune raison de créer un lien avec « au/aux ».

Si l’on examine d’autres lieux mentionnés, on rencontre par exemple ès-Montagnes, ès-Bois ou ès-Dunes, et l’on peut percevoir que ces endroits sont inclus dans lesdites montagnes, forêts, dunes, etc. L’OP mentionne pertinemment que ce genre de dénomination, utilisant des phénomènes de géographie terrestres entourant entièrement un lieu, s’applique moins bien à une île, qu’on s’attendrait davantage à voir nommée ès-Eaux ou ès-Rapides (pour l’île ès Couldres dont il est ici question), ou bien ès-Marais ou ès-Joncs (pour d’autres îles hypothétiques). Pourquoi donc nommer une île comme étant contenue par son contenu? Une hypothèse qui vient immédiatement à l’esprit serait de penser que les coudres poussaient le long du rivage et que leurs branches surplombent même le fleuve environnant, empêchant l’accès facile à l’île, voire à un simple point d’amarrage. Mais la plume de Jacques Cartier est parfaitement claire sur ce point : l’île a été nommée ainsi à cause de la profusion de coudres sur l’île.

Je vois deux scénarios possibles :

  • S’il s’agit d’une première observation dans le Nouveau Monde de cette essence, il demeure possible qu’une densité moyenne de ceux-ci ait été suffisante à justifier l’appelation, incertains qu’ils étaient de ce que de futures explorations leur révéleraient. Peut-être alors que ces coudres sont les plus grands arbres de l’île, que ce sont eux qui en forment l’aspect et la physionomie, la distinguant clairement des autres îles. Le plancher de l’île lui-même pourrait ne s’apercevoir que de très près, ce qui justifierait l’idée d’inclusion de l’île dans les coudres via le nom « île ès Couldres ».

  • Si par contre il s’agissait d’une densité vraiment extraordinaire, si le sol d’une section de l’île (n’oublions pas que Jacques Cartier mentionne «  de beaulx et grandz arbres de plusieurs sortes ») était tout simplement jonché des fruits des années précédentes, et recouvert des troncs et systèmes de racines des coudres, sans oublier les branches cassées, au point que cette section de l’île était littéralement « cachée » sous les coudres, on pourrait facilement comprendre pourquoi l’appelation « île ès Couldres » semble avoir convenu. Un exemple très proche, complètement anachronique mais néanmoins parlant — et même imagé pour notre plus grand plaisir par Antoine de Saint-Exupéry — de ce genre d’envahissement serait l’astéroïde négligé par son habitant dans Le petit prince, que l’on pourrait très correctement nommer l’astéroïde ès Baobabs. Il y aurait alors sans doute un peu d’humour dans le nom choisi, hypothèse déjà émise par l’OP, et plausible aussi selon moi.

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« Pourquoi Cartier n'a-t-il pas utilisé des, par exemple ?» Parce qu'il n'écrivait pas au XXIe siècle :-) Ça fait longtemps aussi qu'on ne dit plus « pour ce. » Rien de bizarre à ça.

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    Merci, des est-il inconnu à l'époque de Cartier ; est-il uniquement employé au 21e ? – user3177 Apr 21 '17 at 19:59
  • Absolument pas inconnu. Mais l'usage etait different. Considerez aussi que Cartier n'etait que legerement francais, en fait il etait Breton, quand c'etait encore un pays independant. Le francais n'etait donc pas sa langue maternelle. De couper les cheveux en quatre sur sa terminology ne vous apprendra strictement rien.. – user13512 Apr 21 '17 at 22:59

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