7

Dans un article on parle des dictionnaires de la rentrée et on mentionne que certains régionalismes, du Québec ou du Canada faut-il comprendre, font leur entrée soit au Robert (relationniste, plate et massothérapeute) ou au Larousse (brasse-camarade, (dé)zipper et conventum). Le GDT atteste il y a plus de 30 ans le terme comme généralité, au Canada, et donne une définition un peu particulière :

Décrit l'impression qui se dégage d'une réunion, le climat qui précède la bagarre.

[ Grand dictionnaire terminologique, GDT, brasse-camarade ]

Le Wiktionnaire a une bonne ébauche sur le sujet et identifie deux sens : le remue-ménage et la réorganisation/restructuration. Pour le premier sens un donne comme exemple :

Rien de tel qu'un peu de brasse-camarade en fin de troisième période pour mettre la table à un septième match des séries de la LNH.

[ Ça brasse en fin de match!, tva sports, extrait présenté au Wiktionnaire à brasse-camarade. ]

Dans le texte on parle d'une escarmouche ; il y a des nuances de sens et d'emploi de termes similaires comme le grabuge, l'altercation, l'accrochage ou l'échauffourée, mais le remue-ménage, par extension, c'est le chahut, la pagaille, et au figuré c'est surtout l'agitation confuse ou l'état de tension (TLFi), quoiqu'on semble associer la bousculade à cette fébrilité. Pour le sens de restructuration, on donne comme exemple :

Dans le domaine de la santé, je me souviens qu'à l'époque on avait reçu le ministre fédéral de la Santé à la régie régionale où j'étais. Il avait dit: «On vous demande de faire votre brasse-camarade. On vous demande de faire votre ménage, mais pour quelques années seulement, le temps qu'on remette de l'ordre dans le système de santé.

[ Mme Diane Bourgeois, ayant représenté la circonscription de Terrebonne—Blainville au Parlement du Canada, en 2002, extrait présenté au Wiktionnaire à brasse-camarade ]

Le réorganisation/restructuration n'est qu'un des sens possibles ici et pas nécessairement celui qui vienne à l'esprit au premier coup d’œil à mon avis.


  • Connaît-on l'origine précise du « brasse-camarade » (qui, quand et où) ?
  • Quel(s) est/sont le(s) sens du « brasse-camarade » ; comment sont-ils reliés et de quel(s) type(s) de sens s'agit-il le cas échéant ?
  • Du remue-ménage est-il communément utilisé (ailleurs qu'au Québec/Canada) pour décrire une situation comme celle de l'exemple de tva sports (hockey) ?
  • 1
    Je n'ai jamais entendu "brasse-camarade" en France. Par contre, "remue-ménage" est courant, qui peut être synonyme de "foutoir" ou "bordel" pour indiquer du bruit et/ou de l'agitation inhabituelle, sans connotation négative... – Random Sep 14 '16 at 10:03
  • 2
    En France, "Camarade" n'est utilisé que dans 2 contextes: 1. à l'école, quand on parle d'un "camarade de classe", la connotation est neutre, c'est tout simplement quelqu'un de la même classe. 2. Quand on fait référence à la Russie (plus particulièrement au communisme), où "camarade" fait référence à n'importe quelle personne communiste (considérée comme "proche" car communiste également). – Random Sep 15 '16 at 7:45
  • 1
    @PapaPoule The couple shake-up and standoff, that's really an interesting way of exploring the sort of things I discuss from a sort of comparative angle. It can also be tricky. But consider this, I've found in this Franco-Américain mag.from '49 the following : "Ce demler était fort connu dans tous les milieux franco-américains; il était un brasse- camarade invétéré, et il avait une faconde à tout casser." (Le Phare). OCR err, still inter. – user3177 Sep 15 '16 at 21:25
  • 1
    Avec celui-ci une promesse cassée mais seulement pour dire que mes autres commentaires sont retirés et que je bosse sur une espèce de réponse! – Papa Poule Sep 17 '16 at 23:35
4

Je suis Québécois, et je crois que le sens de base est bagarre, échauffourée, du moins tel que je le conçois. À partir de ce sens, on passe directement à remue-ménage, bousculade par litote. Comprendre qu'on est encore ici dans la description d'une situation matérielle avec de possibles conséquences physiques: objet renversés, chutes, ecchymoses, égratignures... Toutefois, il est parfaitement plausible que le glissement se soit fait dans l'autre sens, par hyperbole. Ce sont dans l'un et l'autre cas des extensions de sens parfaitement naturelles et très communes.

Par contre, je doute fort que brasse-camarade puisse être défini en tant que tel comme une "réorganisation". Il me semble très clair, au contraire, que Mme Bourgeois applique une figure de style à la réorganisation qu'on exigea à l'époque. C'est-à-dire qu'elle fait allusion non à la réorganisation en elle-même mais au chaos qui l'entoure (chaos notoire dans quasiment toutes les réorganisations du système de santé québécois) et aux efforts des nombreux intervenants pour ne pas voir leurs postes supprimés ou financements réduits, assimilés ici à la métaphore d'une bagarre.

D'ailleurs, le Dictionnaire Québécois d'Aujourd'hui (1992) donne comme définition du mot "Vive discussion" (ajoutant même "grosse engueulade"), une autre litote à partir du sens de "bagarre, échauffourée" et qui me semble aussi parfaitement approprié à l'usage de Mme Bourgeois.

  • 1
    Je n'ai pas d'information étymologique. Il n'existe tout simplement pas de source comparable au TLFi (Trésor de la langue française informatisée) pour le français Canadian/Québécois pour se référer dans ce genre de cas. Les références sont excessivement fragmentaire et généralement concentrées sur un petit nombre de termes. Quand à la définition du GDT, elle est complètement inutile. Ce n'est pas une définition du sens de ce mot autant qu'une bien mauvaise description de la métaphore qu'il exprime. – Circeus Sep 15 '16 at 0:41
  • 1
    Je ne serait pas autrement surpris si à l'origine l'expression était en rapport avec le sport (pas nécessairement le hockey, d'ailleurs), mais c'est de la pure spéculation de ma part. – Circeus Sep 15 '16 at 17:31
4
+100

This question, which I'd certainly characterize as a higher level thinking question, has led me in endless circles, on dead-end tangents, and finally, to
the conclusion that I lack the kind of higher order thinking skills required to fully answer it.

This is evidenced by the fact that, concerning the meaning of brasse-camarade, I have previously formulated many conflicting opinions, including one opinion/"answer” concentrating on the English notion of “movement”; then a second on that of “confrontation” (both of which are re-posted below in reverse order); and now (but certainly not finally) a third:

Although generally relevant as it stands, I now feel that (in both English and French) “confrontation” is lacking something and should be narrowed, especially in political contexts, to capture the notion of "confrontations between members of a group," which is captured well, I think, in English by The American Heritage Dictionary’s first, slightly figurative meaning of “in[-]fighting”:

“1. Contentious rivalry or disagreement among members of a group or organization: infighting on the President's staff.” …

… which in turn, according to some examples from Reverso Context, could be translated as “querelle/lutte/conflit intestine/interne” and to the figurative extreme, perhaps even as lutte fratricide as I believe Honoré Mercier was using it in his memorable words: «Cessons nos luttes fratricides! Unissons-nous!»
(from Delbusso Editeur)

Although probably totally coincidental, it is perhaps interesting to note that even the more literal meaning of infighting in English (i.e., “2. Fighting or boxing at close range” = “close combat” = “corps-à-corps?) could be seen as corresponding a bit with “brasse-camarade” when used in contexts involving actual contact, as in hockey, and to the extent that corps-à-corps is a valid translation, somewhat with the important notion of “[à] bras-le-corps” discussed in this good answer.

Finally, regarding possible origins of the term at issue and/or possible explanations of its attributive use in Le Phare, please see my thoughts on those points scattered throughout below.
(cf: possible translations of the noun "infighter," including, from Word Forum, ennemi intérieur, which I don't particularly like in the Le Phare context, or in any context for that matter)


(original answer as first posted [with some of its grammar mistakes corrected])

In spite of all the notions and suggestions found way below ... ,

(in what was originally designed to be my answer, but which I’m keeping nonetheless because of some overlapping cross references (and NOT as it might appear, just to make this a longer and harder read than it needs to be because that ship sailed long ago with just this new “answer”)

... upon further reflection, I think the best single-word noun that could replace brasse-camarade in both of the question’s particular examples would be confrontation in CNRTL’s sense # B(3)(c):

“À l'idée de face à face s'ajoute celle d'affrontement (another possibility?), d'antagonisme, de conflit; …,”

which is the French sense that most closely resembles the meaning that I most often associate with that word in English:

“Rien de tel qu'un peu de confrontation en fin … .”

“On vous demande de faire votre confrontation [avec vos membres].”
(although like «faire votre brasse-camarade» (see way below) the votre seems weird to me and either:
“On vous demande de faire une/la confrontation » or
“On vous demande de confronter vos [membres]”
would probably be more idiomatic)

For the use of « brasse-camarade » as a noun representing a person with [a] certain characteristic/s, such as in « Il était un brasse-camarade invétéré » from Le Phare and mentioned in the comments, “confronter,” “confrontationalist,” and even “confrontationist” exist as nouns in English to describe “a confrontational man/fellow.”

In French, however, such attributive forms (confrontat/aire/eur/rice or confrontation[nel]iste) don’t seem to exist and even if un homme confrontationnel or homme de confrontation might be understood in French, the fact that they get respectively zero and only 10 hits on google.com is perhaps good evidence that it’s just a notion and construction that’s been borrowed from English.

So for a suggestion somewhat related to confrontation for that attributive usage in Le Phare, looking back to CNRTL’s sense # B(3)(c) for confrontation, there’s “the idea of antagonisme,” which could lead to antagoniste (also from CNRTL).

However, even though it doesn’t totally jive with my confrontation theme and theory (and without knowing the full context of the description from Le phare), I think agitateur would be even better, i.e.:

“Personne qui crée des troubles, le plus souvent à des fins politiques, sociales ou révolutionnaires”

also from CNRTL
(note also the word’s connection with the beer brewing/brasserie industry, which makes me wonder now if agitation (mentioned in the question and in a “Random” comment directly under it) wouldn’t be better than confrontation in ALL the contexts, but it’s too late for that for this great question has already sent me on too many tangents and exploring agitation any further would probably just give rise to several more to pursue!)

Regarding possible origins, the similarities mentioned [still] way below between brasse-Canayen and brasse-camarade at first led me to feel that perhaps camarade at some point began replacing Canayen because the former was seen as a less offensive way to refer to oneself and to one’s fellow sufferers of such treatment (being shaken/pushed around).

However, being unable to find any indication that Canayen is/was considered to be offensive, I considered the following possible reasons (all pure conjecture) for what I still believe could be an instance of replacing/shifting from one word (Canayen in this case) with/to another one (i.e.,camarade):

1) To create an expression that would be more universally applicable (not just to contexts involving French Canadians and somewhat more universally understandable (to the extent that at least knowing the meaning of Canayen would not be required to understand it).

2) To create an expression that would avoid using an arguably joual term (especially one like Canayen that meant/means “Canadian French”), which could be seen as consistent with «La Révolution tranquille et le joual emballe, 1960-70» described (as I interpret it) in Chapter 9 of Chantal Bouchard’s La langue et le nombril: une histoire sociolinguistique du Québec as a pivotal moment when a renewed pride in the nature of their French caused the people of Québec to move away from joual, which over the years had become, perhaps wrongly, synonymous with la langue canadienne-française (especially when called canayen) and move toward being proud Francophones speaking Québécois (not to mention that this also permitted them to avoid using the word canadien or even a corrupted version thereof, when referring to their language and to their fellow Québécois, i.e., their fellow camarades).

Alas, the appearance of “brasse-camarade” used attributively in Le Phare pre-dates the Révolution tranquille mentioned above by at least 10 years, so there’s another tangent pursued in vain, but as mentioned in a comment, this particular early use could possibly be borrowed from the English “brass fellow” with camarade being a reasonable substitute for “fellow.”
Or perhaps even a transformed borrowing of the hyphenated adjective “brass-knuckle [tactics]” for use as a noun.
(cf this rather clever name for a brass quintet from the ensemble’s website)

If such borrowing does explain the usage in Le Phare it could certainly be seen as the precise origin of the term as it’s used today, but if it was a one-time, unrelated act of borrowing, the Révolution tranquille angle could at least help explain any accelerated use of the term that followed that revolution.

(for possible further tangents to pursue (or with which to question my “conclusions!), see this interesting juxtaposition of “des prises de bec, des différends, [and] des brasse-camarades in paragraph 2 of a Le Robert dictation exercise and the last commentaire des difficultés on the bottom of page 2 found at belfortho.fr;

(as well as the following Google hits for the term’s two plural forms: “brasse-camaradeS” and the questionable, yet more popular “brasseS-camaradeS”;

(and finally here for what appears to be Larousses’s official entry (including the plural) for brasse-camarade from a somewhat random looking Facebook “page.”)

(end of "new" answer)


(heretofore un-posted original answer below)

In light of their similar hyphenated structures (“brasse+[-a noun that could be seen as representing a compatriot or a sympathetic fellow member of a group]") and the identical use of “remue-ménage” in both this Quia entry for “Brasse-Canayen” and in the one cited in the question from Wiktionnaire (#1) for “Brasse-camarade,” I’m tempted to conclude that the meaning of the two terms is identical and that examining the uses and meaning of one can help explain the other.

Further evidence of a connection between the two terms is that they both have variations expressed in identical forms having identical meanings, to wit:
se faire brasser le camarade from a Trip Advisor review of a roller-coaster ride
and se faire brasser le canayen from Isa’s Blogspot description of similar amusement park rides.

Both of the above usage examples are, in my eyes, describing the same movement and motion, i.e., a physical shaking/jostling or the feeling of being literally shaken/jostled about from left to right, just as, according to my interpretation of the entry under “barouette” on Angelfire.com, “se faire brasser” all alone would mean.

All that to say that I feel that both of these hyphenated expressions (and especially their “se faire brasser” variations) are based on the literal sense of the notions of movement and motion in general and, in particular, movements/motions that would be described (in English) as “jostling” or “shaking” (and in spite of James Bond’s preference re martinis, perhaps even “stirring”!)

Therefore finding their meanings (in English) when encountering them (especially the hyphenated versions) used figuratively in French requires, for me at least, finding relevant figurative English uses of “jostling” (e.g., “jostling for position”) and/or “shaking/stirring (e.g., “shaking/stirring things up”) (or even just “a shake-up,” but see below) and then finding possible French equivalents for them.

“Jostle/jostling for position” could lead in French to “bousculade” (mentioned in the question) or from Reverso, “jouer des coudes”, which I think could fit both figuratively (maneuvering to gain an advantage) and literally (throwing elbows) in the hockey example:

“Rien de tel que de jouer des coudes un peu en fin … .”

Granted, the notion is being proposed as a verbal phrase because I’ve found little or no instances of its use as a noun (i.e., “ Rien de tel qu'un petit jeu des coudes en fin… . ”)

Using Reverso’s “context” tool, “Shake/shaking [things] up [a bit]” as a verb led me to 4 instances of secouer [un peu] les choses as a verbal phrase and one instance where the phrase is used with the verb “remuer” (as in le remue-ménage).

As for Reverso’s entry for “stir things up” (= donner un coup de pied dans la fourmilière), perhaps 007’s preference is a bit too strong, but then again it, along with all of the verbal phrases mentioned above, could work well enough in many political contexts:

“On vous demande de donner un coup de pied dans la fourmilière.”
“On vous demande de secouer/remuer [un peu] les choses.”

or even

“On vous demande de jouer des coudes (figurativement).”

On the other hand, Reverso’s entry for “Shake-up” as an English noun could lead to [grande?] reorganization, which seemingly corresponds with Wiktionnaire’s 2nd meaning for the term at issue, but the inclusion of grande conflicts with my understanding of the extent of changes made during a “shake-up” in English (and during a brasse-camarade in French) leading me to conclude that perhaps reorganization, especially in light of the curious votre reorganization that would result, is not appropriate in the particular political context mentioned in the question.

(end of old/original answer and with it the end of this entire[ly too long] post)

  • 1
    @Faʁdɔʃɔtɔmatabaʁwɛt Merci beaucoup! Alors là, non! C’est sur et promis que même pour une autre très (voire trop) généreuse récompense je n’y rajouterai plus rien, mais même sans une autre récompense offerte, cette question va continuer à me faire travailler la tête pendant un bon bout de temps, ça c’est sur aussi! – Papa Poule Sep 26 '16 at 14:46
2

On a traité ailleurs de la composante fondamentale impliquant la bagarre et d'extensions de sens, et d'autre part passé en revue différentes hypothèses et associations avec des termes similaires. Ici on dresse un parallèle entre le brasse-camarade et la locution adverbiale à bras-le-corps.


Le Glossaire du parler français du Canada (1930) ne contient pas d'entrée camarade mais on retrouve les locutions adverbiales à brasse-caille et à brasse-corps, toutes deux dans le sens d'à bras-le-corps (et qui me sont inconnues). Quant à brasser, il a à cette époque-là à peu près tous les sens imaginables, semble-t-il. Par ailleurs on a aussi un verbe comme bardasser pour secouer. C'est donc dire qu'on est familier avec des locutions adverbiales à l'allure un peu figée, dont le premier terme est (à) brasse- et qui sont presque exclusivement employées avec le verbe prendre.

enter image description here Glossaire du parler français au Canada, , éd. L'action sociale, 1930, pp. 112, 149-150 (extraits)


C'est que l'ancien prendre a brache de corps a connu une série de transformations où il a déjà été relié à brasser comme verbe avant d'être transposé en à bras-le-corps. Pendant un certain temps, la locution avec brasse a été productive, puis l'est restée seulement de manière régionale (dont au Québec ; voir aussi LBU14 §965H6), alors que généralement l'idée d'à deux bras a été évacuée du sens moderne de brasser, malgré l'influence ; mais on la reconnaît dans la nage (brasse-...) etc. Au TLFi, on présente une explication sur le sujet et des exemples :

Quelquefois je la prends, je la tiens à brasse-corps contre moi pour la réchauffer.

(Daudet, L'Évangéliste, 1883)

...il marcha auprez dudit Mahiot, et le print à brache de corps, et tellement qu'il le rua par terre soubz lui, où il lui fit grant martire...

(Escouchy, Chronique de Mathieu d'Escouchy, 1465, ed. marquis de Beaucourt, 1863 )

La forme la plus ancienne de cette locution adverbiale semble avoir été a brace de corps (a brache de corps), composée de la préposition à (= « avec » en ancien français, cf. Sneyders, Syntaxe historique du français, p. 306), brace « les deux bras » (brasse), de (= « quant à, en ce qui concerne » en ancien français, Gamillscheg, Historische französische Syntax, p. 265), corps désignant le corps du partenaire ou des deux vis-à-vis (cf. a. fr. [s']encontrer de cors et de pis dans Tobler-Lommatzsch: Altfranzösisches Wörterbuch, s.v. cors, pp. 903-904 [réf. entre autres Richars li Biaus, 13e s., voir ici et ]). − Une variante de cette locution est à bras de corps qui est peut-être issu du croisement de deux locutions : (prendre) à bras, « (prendre) avec ses bras » (Roland, éd. J. Bédier, 2552) de corps « par le corps » (cf. ancien français de corps et de pis « au corps à corps » et la locution angevine se prendre de corps « avoir une querelle » dans FEW t. 2, 2, p. 1212b, s.v. corpus). La disparition dans l'usage courant de brace au sens de « les deux bras » (brasse) ainsi que celle de la préposition de au sens de « quant à » a abouti à la transformation de la locution primitive : brasse a été interprété comme forme verbale (issue de brasser au sens ancien et encore dialectal. « entourer de ses bras », FEW t. 1, p. 487a, s.v. brachium) et corps comme objet direct, d'où à brasse-corps, sur le modèle d'expression du type à tire-larigot, à tue-tête, à brûle-pourpoint. Brasser perdant (sauf dans certains dial., cf. FEW t. 1, p. 488b) le sens de « entourer de ses bras », brasse a été interprété comme bras + se, ce dernier, devenu incompréhensible, étant ,,correctement`` remplacé par l'article le appelé par le substantif corps; l'expression, tout en conservant ainsi son rythme quadrisyllabique, a valeur de syntagme elliptique s'interprétant analytiquement par « prendre qqn [ou qqc.] avec ses bras à soi en lui saisissant le corps », ce qui est conforme pour l'essentiel au sens le plus ancien de l'expression.

[ Trésor informatisé de la langue française, TLFi, bras-le-corps (modifié avec abréviations/auteurs étendus et liens vers diverses sources, ainsi que l'ajout d'une remarque sur Richars li Biaus) ]


Je crois personnellement que le brasse-camarade est une substantivation de la locution adverbiale à bras-le-corps/à brasse-corps, qui intègre le verbe (prendre) et l'objet (la personne, originalement, surtout en contexte militaire « qui fait ou subit qqc. avec et comme une autre personne ») ; c'est davantage elliptique mais d'usage plus restreint au propre que le à brasse-corps. Et ça s'analyserait comme le fait de « prendre le camarade avec ses bras à soi en lui saisissant le corps (ou par métonymie, le camarade) ». Il s'agirait du à brasse-corps, avec un adversaire, autrement dit d'une empoigne, et non de (le) secouer, appuyant ainsi le sens de lutte/bagarre/combat/conflit, omniprésent.

Au figuré ça resterait surtout la métaphore de la bagarre, du combat ; ou autrement c'est là que se manifesteraient d'autres apports, tels ceux des autres sens du verbe brasser, incluant les plus modernes. Le changement d'interprétation de la locution et ces autres apports masqueraient d'une certaine manière la nature de cette création et contribueraient à l'association au remue-ménage, plutôt inadéquat, à mon avis. Mais hormis l'utilité d'avoir une version de à brasse-corps substantivée avec une polarité (la variété d'Escouchy pour ainsi dire), on ne connaît pas (2) l'origine exacte, après 1930 assurément, du nom brasse-camarade, même si on a discuté ailleurs de glissements possibles à partir d'autres mots.

  • 1
    +1! Your pointing out the importance of empoigne in the sense of lutte reminded me of Honoré Mercier’s stirring figurative use of “luttes fratricides” in 1889: «Cessons nos luttes fratricides! Unissons-nous!». To the extent that the 2 may be similar in meaning I’m glad the term at issue appeared after Mercier’s time for I doubt if «Cessons nos brasse-camarades» would've had the same memorable punch! – Papa Poule Sep 21 '16 at 14:50

Your Answer

By clicking “Post Your Answer”, you agree to our terms of service, privacy policy and cookie policy