7

Depuis que j'ai appris le français « standard » en école (pour ce que ça vaut), j'emploie ces deux expressions en les différenciant comme « question ouverte » et « usage général ». Pour illustrer :

Qu'est-ce que tu veux donc ?
Ce que je veux, c'est qu'on me fiche la paix !

Mais j'ai entendu à Radio-Canada Première, à plusieurs reprises, la première expression là où on s'attendrait à la deuxième. Même hier j'ai rencontré une phrase comme celle-ci :

Alors ça c'est qu'est-ce que j'aime, le théâtre !

On emploie parfois des questions comme si elles étaient des groupes nominaux (p. ex. L'amour, c'est mon « pourquoi » — comparez C'est mon « qu'est-ce que j'aime » peut-être). Mais c'est un peu bizarre et cet usage ne me semble pas en être un exemple vu l'intonation et la fréquence avec lesquelles il s'emploie.

Or je constate que les invités à Radio-Canada emploient souvent des expressions canadiennes propres à l'oral que je ne trouvais pas dans les manuels scolaires, comme celle-ci :

J'accepte les excuses à Martin.

Est-ce que c'est comme ça que je dois considérer cet emploi de « qu'est-ce que » ? Est-ce courant en français canadien ? Si oui, dans quels registres et contextes ? Cela se trouve-t-il hors du Canada ?

Pour clarifier, je ne cherche pas à savoir si cet usage soit fautif selon la grammaire standard ; je sais qu'il l'est. Je voudrais aller au-delà de ce que peuvent rapporter les approches prescriptivistes.

  • I often say something like: "Qu'est-ce qu'il est beau!". Here, the phrase "qu'est-ce que ..." is not a question but an intensifer. Your example looks like a variant of this intensifying expression. The exclamation mark at the end says it all. – Con-gras-tue-les-chiens Jul 12 '17 at 16:48
  • 1
    @Alone-zee Hm, je ne crois pas que ce soit le même phénomène. – Luke Sawczak Jul 12 '17 at 17:14
  • 1
    Concernant l'énoncé au sujet du choix de la préposition à avec Martin, voir aussi généralement l'appartenance et l'attribution, avec un résumé de certains autres cas (voir remarque 1 au TLFi) où c'est employé, et aussi à ne pas manquer Termium ! – user3177 Jul 12 '17 at 19:34
  • @LukeSawczak Puis-je écrire une réponse par rapport à l'usage en France, ou cela te paraît hors-sujet ? – Mistalis Jul 13 '17 at 7:35
  • @Mistalis Absolument que ce serait utile. La raison pour laquelle j'attends plus de réponses à ce moment est en effet que j'en souhaite une qui donne un point de vue un peu plus circonspect. Enfin, la réponse correcte que j'envisageais devra expliquer pourquoi j'entends cet usage ici à Radio-Canada, mais il se peut que je me trompe sur son statut "canadien" comme j'ai fait avec cet "à" dessus dont l'usage s'explique sans référence à la région ! – Luke Sawczak Jul 13 '17 at 12:29
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Oui, et ben :

Alors ça c'est qu'est-ce que j'aime, le théâtre !

c'est clairement ce qu'il ne faut pas dire ! Je ne dis pas clairement qu'est-ce qu'il ne faut pas dire ! :) Il faudrait dire:

Alors ça, c'est ce que j'aime, le théâtre !

J'ai entendu beaucoup ce genre de tournure dans des films en canadien. Mais en France, c'est vraiment pas bien. Bouh. Il ne faut pas dire:

C'est qu'est-ce que je dis. C'est qu'est-ce que je fais.

Beurk. Beurk. Beurk. Très très vulgaire. Il faut dire:

C'est ce que je dis. C'est ce que je fais.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire...
Mais vous pouvez dire:

Qu'est-ce que j'aime le théatre. Qu'est-ce que je suis beau.

Quant au à pour le de, ça se dit beaucoup, ça ne s'écrit pas. "La pipe à papa", "les bottes à maman"...

  • 1
    À voir si on est devant la même construction quand on dit « les excuses à Martin » (c.a.d. les excuses qui viennent de Martin) et « les bottes à Martin » (c.a.d. les bottes qui sont à Martin). En France on entend beaucoup « les bottes à Martin » (même si ce n'est pas considéré comme correct), mais pas du tout « J'accepte les excuses à Martin. » – Laure Jul 12 '17 at 18:04
  • Voulez-vous dire << mes excuses à Martin>> pour <<mes excuses vont à Martin>> ? – jcm69 Jul 12 '17 at 18:07
  • 1
    Je comprends « J'accepte les excuses à Martin » comme des les excuses qui viennent de Martin. Non ? – Laure Jul 12 '17 at 18:08
  • "À voir" m'a fait supposer que vous pourriez admettre le à pour les excuses avant que vous ne modifiiez votre commentaire pour ajouter la dernière phrase. Je ne suis pas vraiment convaincu par le à pour "venant de" (je le prends pour un possessif) mais plutôt pour "allant à" comme dans "mes pensées vont à Laure". On ne dit pas "j'accepte les excuses à Martin" pasque quand on accepte des excuses on essaie d'être poli et de faire une belle phrase. Non ? – jcm69 Jul 12 '17 at 18:59
  • 1
    Concernant le dernier point, c'est commun de l'entendre au Québec. – ApplePie Jul 14 '17 at 22:39
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Further reading and contact with French-Canadian speakers have given me a more nuanced view of the use of qu'est-ce que other than in an interrogative phrase.

It's clear from the other answers that in France, this tournure is regarded as strictly incorrect. Whether people on the street use it despite official censure remains outside my sphere.

  • (Survenant's comments are very intriguing and develop this censure further: Le bon usage (14) lists a few authors who use it, yet says their example is "not to be imitated".)

In Québec, the Office de la langue française says that « on rencontre parfois, surtout dans la langue orale » this phenomenon. However, it takes the position that this usage is « critiqué » and advises against it:

  • Dominique t’a demandé ce que tu désires recevoir pour Noël.
    (plutôt que : qu’est-ce que tu désires recevoir)

Nevertheless, it is indeed common in actual usage: not only among children, but also among adults, including schoolteachers, private citizens interviewed on radio, and marking supervisors for the Test des compétences linguistiques issued to students in Ontario, based on my anecdotal experience.

It would thus be appropriate to identify this usage to learners as belonging to « langage populaire », but not to regard its use in casual conversation as a sign of poor education or bad speech habits.

Any clarification or details people want to add to this answer are welcome.

  • 3
    Ne vous inquiétez pas, en bon ergoteur je ne saurais pas promouvoir un usage que mes profs au lycée déconseillaient ;) C'est plutôt dans le but d'avoir une éthique de linguistique descriptiviste, ce qui est normal sur ce site. – Luke Sawczak May 22 at 10:16
  • 1
    Je ne sais pas si ce que tu décris en question (Alors ça c'est qu'est-ce que j'aime, le théâtre !) se compare à l'interr. indirecte de la BDL dans le sens où il n'y a pas d'interr. dans la première mais je comprends qu'il y a la même transposition. En ce qui concerne le propos de la BDL, qui ne dit pas au Québec ici, voir LBU14 §420 référant à Renchon, Études de syntaxe descriptive, II, Gr. et G. disent de voir la biblio. juste avant §381 p. 218-219. LBU14 dit que ds. l'interrogation partielle en langue soignée ces introducteurs sont évités généralement mais de bon usage jusqu'au 18e. – sinople incandescent May 24 at 5:20
  • 1
    Disons en peu de mots qu'est-ce que l'enfer. (Bossuet). Mais LBU dit qu'il ne faudrait ps imiter : Il se demandait qu'est-ce qui remplacerait cela. (Hugo, Misér.) ; J'ai osé regarder pour savoir qui est-ce qui osait vivre où elle avait vécu. (Lamartine) ; Nous aurions bien voulu deviner comment elle se déroulerait et aussi qu'est-ce qui arriverait après. (Beauvoir) ; Nous retrouvons intacte la question de savoir qu'est-ce qui compose et créé les titres vrais. (Maurras) ; Chaque personnage de cette grande page peinte serait bien embarrassé de dire qu'est-ce qu'il y fait. (Claudel). – sinople incandescent May 24 at 5:33
  • 1
    Reste que ces grands l'ont dit... C'est bien intéressant. – sinople incandescent May 24 at 5:34
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Est-ce que c'est comme ça que je dois considérer cet emploi de « qu'est-ce que » ?

Que ce soit pour "Alors ça c'est qu'est-ce que j'aime, le théâtre !" ou "J'accepte les excuses à Martin", je ne pense pas qu'il s'agisse d'une évolution de la langue. Il s'agit de mon point de vue de fautes de français.
Une évolution de la langue est censée apporter quelque chose de nouveau, qui ne pouvait pas être exprimé auparavant : elle pallie un manque. Ici, comme tu l'as à très juste titre souligné, il faudrait dire "Alors ça, c'est ce que j'aime le théâtre", et bien sûr "les excuses de Martin". Ces changements à la langue n'apportent pas plus de sens à la phrase.

Se trouve-t-il hors du Canada ?

Je ne connais pas Radio-Canada, mais sur des radios françaises, j'entends (malheureusement) assez souvent des fautes de ce genre.

C'est qu'est-ce que je vais faire. -> C'est ce que je vais faire.
Je vais au traiteur. -> Je vais chez le traiteur.

Parfois, j'entends aussi des "Au jour d'aujourd'hui, il est temps de se préoccuper du climat", expression très en vogue en ce moment, et pourtant à bannir de son vocabulaire.

Mais aussi "Cette assemblée constituante est une assemblée qui se veut avant tout démocratique [...]", que l'on pourrait facilement simplifier en "Cette assemblée constituante se veut avant tout démocratique".

À noter que ces expressions sont souvent prononcées par des politiques français. Je ne comprends pas réellement comment elles sont apparues, ni pourquoi elles sont tant utilisées (je suppose que c'est tout simplement pour rendre les phrases plus compliquées, plus longues, plus verbeuses — chose que les politiques savent très bien faire).

Quoi qu'il en soit, je ne trouve pas sous prétexte que des fautes de français soient faites à la radio, que celles-ci doivent entrer dans la langue française. Je ne suis pas spécialement résistant au changement, mais il faut tâcher de garder un minimum de rigueur dans la langue de Molière, tout de même ... :-)

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