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Dans cette tournure de phrase, le verbe savoir est employé dans une manière différente de son sens normal :

On ne saura discuter des goûts et des couleurs.

On ne saura être trop prudent.

Je me demande d'où vient cet usage particulier, et de quand date-t-il : latin, ancien français...

  • Pretty sure this is a duplicate – Luke Sawczak Jan 23 '18 at 13:40
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On ne saura discuter/être... n'est pas idiomatique.

Il s'agit plutôt de on ne saurait discuter/être...

Cette utilisation du verbe savoir dans le sens de pouvoir est très ancienne en français.

Elle est encore présente dans quelques expressions comme celles citées dans la question ou par exemple:

On ne saurait nier/dire/nier/douter/admettre...

Elles sont toujours à la forme négative et au conditionnel ou au plus-que-parfait du subjonctif.

C'est aussi le sens principal de savoir en Belgique, où les contraintes précédentes ne s'appliquent pas :

Est-ce que tu saurais fermer la fenêtre s'il te plait. (France: est-ce que tu pourrais...)

Le TLFi cite ce vers tiré de « La vie de Saint Alexis », 1050, où savoir est un « équivalent atténué de pouvoir » :

Ne vus sai dire cum il s'en firet liez

Littéralement:

Ne vous sais dire comme il s'en avait fait liesse

que l'on peut retranscrire en français contemporain:

Je ne peux pas vous dire (= les mots me manquent pour vous dire) à quel point il s'en est trouvé heureux.

Si on remonte plus loin. Savoir correspond au latin classique sapere qui signifiait au sens propre avoir de la saveur, puis au sens figuré avoir du goût, de la sagesse.

Le texte considéré comme le plus ancien en français, le serment de Strasbourg, contient le substantif savoir mais il est clairement distinct de pouvoir :

in quant Deus savir et podir me dunat

c'est à dire :

autant que Dieu m'en donnera le savoir et le pouvoir

  • Sauriez-vous aussi me dire si cette tournure serait aussi naturelle dans la forme interrogative, en plus de la forme négative? – ﺪﺪﺪ Jan 23 '18 at 2:38
  • @Feelew Je ne pense pas. On ne saurait être trop prudent donnerait Saurait-on être trop prudents ? qui ne me paraît pas préserver le sens particulier de savoir. – jlliagre Jan 23 '18 at 3:00
  • Quelques trouvailles littéraires intéressantes dans le Dictionnaire culturel en langue française de Robert: 1) un tour interrogatif noté Vx, avec un exemple de Racine tiré d’Andromaque «Après ce qu’il a fait, que saurait-il donc faire?» — 2) Et Baudelaire dans Le poison: «le vin sait revêtir le plus sordide bouge / D’un luxe miraculeux», dont l’usage est décrit non comme un régionalisme, mais comme une survivance du français classique pour lequel la distinction entre savoir et pouvoir était plus floue. – ﺪﺪﺪ Jan 23 '18 at 19:31
  • Je crois que le tour interrogatif, illustré par l’exemple de Racine, survit encore au Québec, mais il semble en effet qu’il ait à peu près disparu de France, si l’on se fie au Vx dont on l’a affublé. Il faudrait voir avec d’autres Québécois s’ils approuverent mon jugement... – ﺪﺪﺪ Jan 23 '18 at 19:33

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