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Dans les années 90/2000, j'ai personnellement noté en France un nouvel usage populaire de l'adverbe "trop" avec les caractéristiques suivantes :

Perte de la notion d'excès, qui différencie normalement trop de très

Ce mec il est trop beau (avec le sens de très beau, pas comme dans trop beau pour elle où on retrouve la notion d'excès)

Tendance parfois à placer loin en avant de l'adjectif (en début de phrase, ou avant un article)

Trop elle est bonne cette meuf (alors que la construction grammaticale normale serait "elle est trop bonne")

Usage sans adjectif, pour qualifier une phrase, avec un sens similaire à vraiment

Trop il m'a vénèr (= vraiment, il m'a énervé)

C'est trop un connard ce type (= vraiment)

J'ai trop plein de thune (= j'ai vraiment beaucoup d'argent)

Usage qualifiant pas

J'ai trop pas envie (= je n'ai vraiment pas envie)

À ne pas confondre avec la tournure suivant qui est plus ancienne

J'ai pas trop envie (= je n'ai que moyennement envie)

Usage seul, pour répondre par l'affirmative

— Tu kiffes ?

— Trop ! (ou, pour la négative, trop pas !)

Usage parfois associé à mais et/ou des pauses et/ou une prosodie plus élevée, le tout pour une emphase additionnelle

C'est mais - trop - bon ce truc (les tirets représentant des pauses, le trop étant prononcé sur une tonalité relativement aiguë).

Questions :

  1. Quelqu'un d'autre peut-il attester cet usage et qu'il s'agit d'un glissement par rapport aux usages plus anciens de trop ? Sur le Tlfi, l'usage qui s'en rapproche peut-être le plus est "être trop" (les gens trouvent que je suis trop), mais ce n'est pas pareil.

  2. Quelle est la date approximative de ce glissement ?

  3. Quelle est son origine ? Influence d'une langue étrangère, par exemple un calque ? Évolution interne au français, par exemple une "inflation emphatique" poussant à l'usage de mots de plus en plus extrêmes pour porter l'emphase ?

  • Manifestement c'est de la nov-langue. C'est vrai qu'il sert à toutes les sauces "trop" maintenant. Autre exemple de "trop" se suffisant à lui-même : "A : Elle est chère cette caisse !" "B : Trop !" (dans le sens "Carrément !" ou "Trop vrai !" plus que dans un sens d'emphase ou d'excès). – Julien Apr 13 '18 at 10:15
  • 2
    La perte de la notion d'excès me semble très naturelle. Cela fait au moins plusieurs décennies qu'à vouloir mettre l'emphase sur un mot, on fini par le modifier : bon, très bon, super bon, hyper bon, trop bon... D'ailleurs il me semble qu'on utilise le plus souvent ces néologismes pour décrire des émotions qui, comme le reste, subissent une inflation – SteffX Apr 13 '18 at 13:32
  • 2
    Je l'atteste aussi. Je suis d'accord pour l'hypothèse d'évolution naturelle. On le trouve aussi en anglais : "Oh my God, too funny." – Luke Sawczak Apr 13 '18 at 17:53
  • 2
    Ce n'est pas le premier glissement sémantique et fonctionnel de ce mot qui de substantif germanique (*thorp, *throp, village) à donné, via le latin vulgaire, deux substantifs français (troupe et troupeau) et un adverbe (trop) qui devient subrepticement un adjectif... – jlliagre Apr 14 '18 at 0:12
  • 2
    @Julien merci, j'ai ajouté l'usage solo de "Trop" et "Trop pas" dans la question – qoba Apr 15 '18 at 5:36
2

Je (Qc., sud-ouest) reconnais plusieurs des emplois et les particularités énoncées, mais pas l'antéposition (Trop elle est bonne cette meuf.) ni l'emploi comme vraiment en début de phrase (Trop il m'a vénèr.) ; je peux comprendre une variante où l'on appuie fortement sur trop en inversant le verbe de l'exemple (Mais c'est... trop... bon.) mais je trouve plus usuel d'appuyer sur « trop bon » et non sur trop uniquement.


Au lexique. Le TLFi dit parle de l'« Empl. adj., fam. [Sur le modèle de l'angl. too much, dans le lang. des jeunes] » puis on a sous cette rubrique 1. être trop dont vous avez traité et 2. c'est trop !, dans le sens de c'est extraordinaire, formidable. L'exagération, l'hyperbole etc. Mais on a aussi des valeurs de superlatif comme synonyme de très, fort, dans des formules de politesse (trop aimable), avec des tours hypocoristiques (trop mignon) ou dans des phrases exprimant une appréciation subjective comme « Ah! non c'est trop drôle! Ah! ah! ah! » (Feydeau) ou « Ah! c'est trop con! » (Sartre). Je ne vois pas en quoi les emplois en question ne participeraient des emplois au lexique. Par ailleurs je n'ai pas d'expertise pour affirmer quoi que ce soit avec certitude ; on pense que se produit aussi peut-être plus généralement entre trop et très le même genre de phénomènes qu'avec excessivement/extrêmement (le premier employé parfois couramment pour très) ; et que le modèle de l'anglais concoure au ou avec (le) phénomène. On ne sait pas depuis quand, de mémoire assurément depuis plusieurs décennies voire plus d'un siècle dans le cas de l'emploi du type de l'exemple de Feydeau...

  • 1
    Merci, on peut donc au moins dire qu'il s'agit d'un régionalisme français... – qoba Apr 13 '18 at 20:31
  • 1
    trop dans ce sens peut s'utiliser avec des mots qui ne sont pas d'argot mais le registre est populaire – qoba Apr 15 '18 at 3:58
  • 1
    quant au lexique il ne s'agit ni d'une formule de politesse, ni d'un tour hypocoristique... peut-être est-il cependant proche du "trop drôle" de Feydeau ou du "trop con" de Sartre, mais détaché de la nécessité de se rapporter à un adjectif et pouvant se rapporter à n'importe quel élément de la phrase, comme vraiment au fond – qoba Apr 15 '18 at 5:29
  • Je suis familier avec le deux tours que vous avez ajoutés (j'ai trop pas envie, et trop (pas) seul). Merci ! – user3177 Apr 16 '18 at 4:25

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