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On trouve assez souvent des phrases du modèle ci-dessous.

  • Nous avons fourni des moyens mathématiques le plus simples possible afin de se doter de possibilités immédiates de raisonnement, cependant sans trop sacrifier à la rigueur.

On s'attend, si peut être pas à ce que les personnes dotées soient celles qui écrivent, c'est à dire celles rédigeant une préface ou développant une explication, à ce que ces personnes soient les lecteurs, les étudiants qui suivent l'explication et donc à un choix de pronom parmi les suivants ou bien à un nom en tant qu'objet de « doter »;

les, vous, nous, (difficilement) le ou lala » pour la classe peut être), (certainement pas) te

Cependant selon le TLFi la définition de « se » est

« Pron. pers. non prédicatif de la 3e pers., signe de la voix pronom., sans marque de nombre ou de genre ».

Il s'ensuit que l'antécédent n'est ni celui ou ceux qui écrivent ni ceux à qui ces derniers s'adressent.

Est-ce qu'il existe une « reconversion » récente de ce pronom qui fasse qu'il faille l'interpréter comme un pronom de la 1re personne du pluriel ou s'agit-il plutôt d'un glissement collectif qui « amène » le pronom dans cette catégorie et qui pour l'instant n'est donc qu'une erreur ?

  • Une recherche de la phrase citée ne donne rien. Y a-t-il des exemples reposant sur des sources disponibles ? D'autre part, ce doit être les plus simples possible. – jlliagre Jan 15 at 23:47
  • @jlliagre Non, la phrase citée ne peut pas être trouvée avec Google ; comme je le stipule, c'est le modèle, dans lequel les mots et la partie de la forme sans incidence sur le problème sont les miens ; ces changements visent à ne pas signaler les auteurs : je ne sais pas trop si donner cette référence serait de bon gout. J'ai cependant une de ces références, c'est la dernière relecture qui a motivé ma question, que d'ailleurs j'ai eu depuis longtemps de façon récurrente dans d'autre ouvrages ; ces derniers seraient impossible à dénicher dans mes livres (je ne garde pas d'archive de cela). – LPH Jan 16 at 12:13
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À ma connaissance il n'existe pas de "reconversion" de ce pronom.

Par contre cet usage irrégulier est relevé par certains dictionnaires : http://www.cnrtl.fr/definition/se

Rem. ,,Le langage populaire met souvent, dans les verbes pronominaux à l'infinitif et au participe présent (ou gérondif), le pronom se où l'accord normal demanderait l'un des pronoms me, te, nous, vous: Nous étions toujours à se disputer. En se pressant un peu, vous arriverez à temps. Cet usage irrégulier se manifeste parfois même dans la langue littéraire: Je me plais... sans se plaire. Ça dépend comme (H. Lavedan, Leur Cœur, p. 101)`` (Grev. 1969, § 600, note 1). [...]

À mon sens si c'est un usage irrégulier qui ne se justifie en aucune façon, il s'agit d'une erreur.

  • Il faut croire alors que le langage populaire s'insinue dangereusement dans la langue soutenue ; tous les exemples que j'ai rencontrés faisait partie d'écrits considérés comme sérieux. – LPH Jan 15 at 9:24
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L'explication tient vraisemblablement à une assimilation de nous à on, la phrase étant alors :

(Nous,) On a fourni des moyens mathématiques les plus simples possible afin de se doter de possibilités immédiates de raisonnement, cependant sans trop sacrifier à la rigueur.

Dans ce cas, se est pleinement justifié : on se dote de possibilités.

Une autre hypothèse peut être la phrase :

Nous avons fourni des moyens mathématiques les plus simples possible afin qu'on se dote de possibilités immédiates de raisonnement, cependant sans trop sacrifier à la rigueur.

dans laquelle qu'on se dote évolue naturellement vers de se doter.

L'éloignement entre le nous et le se rend moins sensible leur discordance mais une phrase comme :

Avec mes collègues coréens, pour se comprendre, nous parlons anglais.

ne choque plus grand monde.

Une rapide recherche sur Google Books rapporte quelques exemples de ces amalgames nous/on :

  • Si l'on vient pour se battre, nous nous battrons. Notes et études documentaires, Numéros 3086 à 3115, p 62, 1964.

  • Pour se laver, nous devions casser la pellicule de glace qui s'était formée pendant la nuit., Isabelle Soulard, Les femmes de l'Ouest sous l'Occupation, 2002.

  • Pour se laver, nous devons attendre que quelqu'un parte au puits chercher de l'eau, Moussa Boureima, *La pagne de Barbara, 2006.

  • Une ultime visite pour se reposer nous conduira aux lacs Myvatn et Askja, à la table volcanique de Herdubreid et au mont Krafla.


Est-ce qu'il existe une « reconversion » récente de ce pronom qui fasse qu'il faille l'interpréter comme un pronom de la 1re personne du pluriel ?

Oui, et cette assimilation n'est pas nouvelle au moins en français parlé.

ou s'agit-il plutôt d'un glissement collectif qui « amène » le pronom dans cette catégorie et qui pour l'instant n'est donc qu'une erreur ?

Il s'agit bien d'une évolution, plus précisément d'une irrégularité causée par la disparition de nous sujet en français où on est utilisé pour nous dans plus de 99% des cas à l'oral. Il ne s'agit donc pas pour moi d'une erreur, ton kilométrage peut varier ;-)

  • Cependant la phrase d'origine est bien écrite avec "nous". Le passage au registre familier en milieu de phrase, avec l'emploi de "on" pour dire "nous" me semble plus qu'improbable. De même il est improbable que les personnes désignées par le "nous" deviennent indéterminées en milieu de phrase. – Aweuzegaga Jan 15 at 11:45
  • @Aweuzegaga L'emploi de on pour dire nous (sujet) est généralisé en français parlé (Plus personne ne dit Nous arrivons, c'est (Nous,) on arrive). Il n'y a donc rien d'improbable ou d'étonnant à ce qu'il commence à s'immiscer dans le français écrit. D'autre part, il est aussi possible que le texte initial ait débuté par un On a fourni impersonnel et qu'un correcteur trop zélé l'ait remplacé par nous avons fourni. – jlliagre Jan 15 at 12:11
  • Je n'ai jamais dit qu'il était improbable que le on (familier) s'immisce dans le français écrit. Je dis juste que dans la question posée le texte commence par un "nous" et pas par un "on". Mais à supposer qu'un "correcteur trop zélé" ait effectué un remplacement, son zèle serait donc retombé après une petite dizaine de mots? Remplacer le "on" par nous, oui, mais remplacer le "se" par nous, trop d'efforts. – Aweuzegaga Jan 15 at 12:29
  • @Aweuzegaga Je ne suis pas ce correcteur trop zélé mais l'éloignement des pronoms peut facilement expliquer sa baisse de vigilance. D'autre part, je n'ai jamais dit que ce se respectait les prescriptions de la grammaire. J'apporte seulement une explication à cette évolution qui n'est pas nouvelle. – jlliagre Jan 15 at 12:57
  • Tu apportes une explication à l'aide d'une supposition hasardeuse qui transforme la phrase de la question originale... En somme tu réponds à une autre question que celle posée. La question originale était de savoir si l'emploi du se était une erreur dans la phrase proposée. Oui c'en est une. Il n'y a nul besoin d'inventer un correcteur zélé, un éloignement insurmontable de pronoms pour ce fameux personnage au zèle finalement très relatif, ou encore une nouvelle phrase encore plus mal écrite que la première pour justifier que cette première soit mal écrite. – Aweuzegaga Jan 16 at 9:22

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