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Le verbiage oiseux, partial et méchant s'en peut suivre et parfois s'ensuit.

[Gustave Guillaume, Le Français Moderne, 1960, vol. 28, p.47 ]


Tout cela serait conté à M. de Faverges, et peut-être qu’une rupture s’ensuivrait [ LBU14 §681 dit s'en suivrait ]. Tant pis.

[ Flaubert, Bouvard et Pécuchet, inachevé et publié à titre posthume, 1881 ]


C'est qu'il y a presque 100 ans déjà Martinon remarquait qu'avec le verbe pronominal s'ensuivre « on ne dit plus il s'en est ensuivi, mais plutôt, malgré l'incorrection certaine, il s'en est suivi » (ds. une remarque au TLFi à s'ensuivre). Il semble que certains dictionnaires usuels aient consacré cet emploi depuis quelques années (et la version en ligne de l'un d'entre eux en fait état). Et ainsi donc on introduit une nuance avec les temps composés où l'on intercale l'auxiliaire être entre le préfixe en- et le « verbe » suivre, au moins graphiquement, et c'est toujours du verbe s'ensuivre dont il s'agit.

Le verbe s'ensuivre est essentiellement (on lira toujours) pronominal, avec pour sens découler, résulter. Son préfixe en- vient simplement du verbe en latin. Il est dans une classe à part parce que malgré l'agglutination, on perçoit le complément d'origine ou la cause dans ce préfixe au verbe. L'emploi des temps composés (avec l'auxiliaire être) et le besoin d'exprimer ou non le complément d'origine sous forme de pronom en (plutôt que de ceci/de là) font que plusieurs choix sont possibles. Ceux-ci consistent essentiellement, en plus du pléonasme, en l'omission d'un en-, qu'il s'agisse de scinder le verbe ou d'omettre le complément (graphiquement), plus aisément peut-être quand son référent apparaît déjà dans la phrase (De ceci/Du fait que X, il s'ensuit que...) et non dans la phrase qui précède ([Cause/Origine]. Il s'ensuit que...). Enfin, le verbe suivre en emploi impersonnel (et non pronominal), constitue une autre solution...


Généralement se suivre c'est se succéder, venir après dans un ordre, et l'emploi pronominal du verbe (se) suivre pour « découler » est très peu étayé et c'est plutôt suivre qui dispose de cette sémantique avec ce genre de tournure. Et donc on ne dirait pas il se suit que (X), mais bien plutôt il suit que, par opposition à un tour comme « Les vertus et le bonheur se suivent naturellement, mais non indissolublement » (Joubert, Pensées ds. TLFi à suivre) qu'au lexique on associe à la conséquence mais où l'on voit que c'est à tout le moins construit différemment... Mais c'est ce rappel sur l'emploi pronominal du verbe suivre qui fait l'objet d'un billet de L'Académie française où si l'on concède que par euphonie aux temps simples on n'emploie plus aujourd'hui s'en ensuivre, on insiste par ailleurs pour qu'on « répète » le pronom/préfixe aux temps composés : « Il a été peiné par les évènements qui s’en sont ensuivis. ». Sauf qu'on ne discute pas du cas où l'on veut vraiment exprimer le complément dans les phrases recommandées qui au surplus ne m'apparaissent pas syntaxiquement équivalentes à celles que l'on voudrait voir proscrire ; en fait je les trouve indéterminées, parce que la sémantique serait insuffisante à elle seule à opérer un marquage syntaxique qui représente le complément quand il n'est pas déjà dans la phrase où s'ensuivre apparaît, me semble-t-il. Et cette nuance est en surcroît de la question des temps composés...


Au LBU14 (§ 681 a 2) on mentionne que le pléonasme est senti depuis le 19ème, de sorte qu'on préfère souvent construire s'ensuivre de manière absolue comme dans « Des duels s'ensuivirent » chez Chateaubriand. On sait aussi que d'autres auteurs ont choisi en effet de supprimer le préfixe et de marquer syntaxiquement l'origine ou la cause en détachant le pronom : « Une déclaration s'en est suivie » (Balzac, Béatrix), « Il s'en était suivi une petite altercation » (Sand, Mauprat). On dit que c'est un croisement entre le tour il s'en est ensuivi et il s'en est allé, qu'on a déjà analysé ailleurs.

Enfin d'autres préfèrent encore employer le verbe suivre, en tour impersonnel surtout. En utilisant l'exemple suivant de Malraux (c'est le verbe suivre) et en le remaniant, on peut illustrer aussi un autre niveau de complexité qui fait que dépendamment de la présence ou de l'absence du complément d'origine ou de cause dans la phrase où se trouverait le verbe s'ensuivre, on peut y percevoir ou non un certain degré d'indétermination :

De ce que cent piques peuvent vaincre de mauvais mousquets, il ne suit pas que cent fusils de chasse puissent vaincre un bon avion. (Malraux, Espoir).


I- Cent piques peuvent vaincre de mauvais mousquets. Il ne suit pas que cent fusils de chasse puissent vaincre un bon avion.
II- Cent piques peuvent vaincre de mauvais mousquets. Il n'en suit pas que cent fusils de chasse puissent vaincre un bon avion.
III- Cent piques peuvent vaincre de mauvais mousquets. De ceci, il ne/n'en suit pas que cent fusils de chasse puissent vaincre un bon avion.

Je trouve la phrase I plutôt indéterminée. La phrase II ressemble à s'ensuivre avec les temps simples (comme le présent) et m'apparaît juste. Je trouverais la phrase III avec en possiblement étrange. Aux temps composés on aurait l'auxiliaire avoir et non être... Il suffit à la fin !


  • Pourquoi doit-on ou non consacrer cet emploi ; le billet de l'Académie est-il satisfaisant, cohérent, permet-il vraiment de mettre en valeur la richesse de la langue et les divers scénarios où elle se manifeste (comme l'expression du complément par le pronom dans la même phrase et qui concurrencerait le détachement de l'élément normalement agglutiné de s'(en)suivre) ; peut-on démontrer que le « nouvel » emploi garantit l'intégrité la langue dans tous les cas d'espèce ?

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