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En cherchant les étymologies de voler, pour voir si l'un des sens venait de l'autre ou s'ils avaient des origines différentes, j'ai appris que voler dans le sens dérober vient de voler comme un oiseau, mais surtout qu'il n'a supplanté rober qu'au XVIIe siècle. Voleur quant à lui date du XVIe siècle (1549).

Ce qui signifie que jusqu'à la fin du moyen-âge, probablement personne ne disait "Au voleur !". Le wiktionnaire indique qu'on utilisait "rober" et "dérober" avant que voler ne devienne l'usage, mais ne dit rien pour "voleur".

Quel mot utilisait-on pour "voleur" avant que "voler" ne soit usité dans ce sens ?

8

La lecture de textes en ancien et moyen français atteste de l'emploi du mot robeor qui signifie « voleur », lequel l'a peu à peu remplacé à partir du 16e siècle.

Li robeor, plein de malice,
s’asemblerent quant seul le virent,
et par maintes foiz le batirent,
quant les biens venoient enbler.
1
(Le roman de la Rose, Jean de Meun, 1269-1278)

Texte complet accessible par la Base de Français Médieval.

La resons pour quoi sainte Eglise ne doit pas garantir les robeurs des chemins si est tele, que tuit crestien, de droit commun, doivent sauf aler et sauf venir par les chemins.
(Philippe de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, ca. 1263)

Texte complet accessible par la Base de Français Médieval.

Ja nel metra fors a nul fuer,
Tant crient larrons et robeors ;
Mes de neant li vient peors
2
(Cligès de Chrétien de Troyes, 1176)

Texte complet accessible par la Base de Français Médieval.

Le « Dictionnaire de Godefroy » (Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Frédéric Godefroy, 1880-1895) donne comme traduction de robeor : voleur, pillard.

Les très nombreux exemples donnés par Godefroy donne une idée de la fréquence du mot qu'on trouve sous différentes formes : robeour, robeur, robbour, roubauour, reubeor, robaor, robeur, selon les textes (l'orthographe du français n'a commencé à se fixer qu'à partir du XVIe siècle).

Le robeor c'est celui qui prend la robe. La robe c'est le butin, la dépouille (→ le vêtement de celui qui est mort et qui reste sur champ de bataille). Puis le sens a évolué vers « vol, larcin » puis vers « vêtements » (sens générique) et enfin vers le vêtement féminin de ce nom.
Le mot vient du vieux haut allemand roub (8e siècle) qui signifiait « butin ». En allemand moderne rauben est encore employé pour dire « voler » dans le sens de « dérober ».

Il existait aussi le nom dérivé desrobeor (desrobeur). Le verbe « dérober » est resté en français moderne mais desrobeur n'est (quasiment) plus utilisé (considéré comme très vieilli).

Au gré des textes on trouve des mots avec des sens voisins (je ne prétends pas être exhaustif) :

  • Pillard (fem. pilleresse, pillard) c'est celui/celle qui pille (prend). (Godefroy, Lacurne)

  • Larcineur (larchonneur), celui qui commet un larcin. (Godefroy). Le français moderne a gardé le nom « larcin » qui est le délit et aussi la chose prise. « Larcin » vient du latin latrocinium (vol à main armé, brigandage).

  • Larron (laron, ladron, ladrun, larun, lairron) celui qui commet un larcin, qui dérobe furtivement. (Godefroy). Terme issu du latin latro et qui désignait un soldat (un mercenaire grec), puis un brigand. Existait aussi le verbe larroner.


Sources :
Base de Français Médiéval.
Dictionnaire de Godefroy.
Lexique de l'ancien français de Godefroy.
Dictionnaire de Lacurne.
Dictionnaire historique de la langue française, sld Alain Rey, 1999, éditions Le Robert.


1 Les voleurs dans leur méchanceté se rassemblèrent quand ils le virent seul et le frappèrent plusieurs fois tant les biens les avaient éblouis. (Traduction personnelle non officielle)
2 Jamais elle ne lui permettra de sortir, elle qui craint tant les larrons et les voleurs, mais elle a tort d'avoir peur (Traduction de @aCOSwt).

  • 1
    Oui! Absolument et +1. On a side note pour en rire : j'observerai que le lexique étendu de l'époque relativement à ces gens-là s'est considérablement restreint... dans d'autres langues aussi. On pourra à loisir s'amuser à considérer que l'allemand traduit le larrons et robeors du Cligès par Dieb und Räuber et que... si on tape ce truc dans google translate pour obtenir la traduction française... on obtient ! : "voleur et voleur"... No comment! – aCOSwt Oct 17 at 17:57
  • @aCOSwt Tu ne m'aurais pas dit que le phénomène se constatait dans d'autres langues aussi j'aurais accusé Richelieu qui a quand même mis un sacré carcan sur la langue française dont on a du mal à se débarrasser encore aujourd'hui. – Laure SO - Écoute-nous Oct 17 at 18:28
0

Selon le TLFi, le mot « larron » remonte à assez loin dans le temps et a signifié « voleur », sous la forme première de « ladron », depuis la fin du Xe siècle, puis sous la forme « larrun » à partir de 1130 ;

Étymol. et Hist. 1. Fin Xe s. ladron, ladrun « voleur » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 163 et 223); 1130 larrun (Lois G. le Conquérant, éd. J. E. Matzke, § 4); d'où 1656 s'entendre ... comme larrons en foire (MOLIÈRE, Dépit amoureux, III, 8);

  • Intérressant ! J'avais remarqué notamment qu'en espagnol, "voler" se disait "robar", conservant l'origine latine. Et en espagnol, voleur se dit "ladrón", qui vient bien du latin latro :) – Teleporting Goat Jul 30 at 13:42
  • @TeleportingGoat Avec tout ce bagage comment n'avoir pas pensé à « larron » ? – LPH Jul 30 at 13:44
  • @LPH On ne peut pas penser à tout! – Teleporting Goat Jul 30 at 13:53
  • Intéressant, incluant les sources (1, 2, 3). La totale ce serait d'avoir un contexte où on a « au larron ! » comme « au voleur ». Est-ce qu'on avait vraiment ça ou on formulait ça autrement avant le 16e ? La question demeure... p.s. si tu fais une modif. stp. mettre les titres d’œuvres en italiques et ajouter le lien au TLF. – 0ne1 Aug 1 at 21:44

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