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Bonjour,

Dans mon manuel de grammaire, il y a l'exemple suivant :

Je suis certain que vous travaillez. —> Que vous travailliez, j'en suis certain.

Je n'en reviens toujours pas. Est-ce que ça se dit vraiment ? Doit-on utiliser le subjonctif dans des phrases inversées comme celle-ci ? Est-il possible d'y employer l'indicatif tout de même ?

Merci d'avance !

  • Pouvez-vous donner les références exactes de votre grammaire, et, si possible, l'énoncé complet de la règle qui accomapgne peut-être cet exemple ? – Greg May 27 at 4:02
  • Plutôt que "phrase inversée", je suggère plutôt de qualifier cette construction de "phrase emphatique". – Greg May 27 at 4:04
  • 1
    Oui, je suis d'accord, "phrase emphatique" convient mieux ici. Les références : « L'expression française écrite et orale », éditions PUG. La règle était la suivante : « Ex : Je suis certain que vous travaillez. —> Que vous travailliez, j'en suis certain. Cette deuxième phrase correspond souvent, dans un échange, soit à l'annonce d'une restriction soit à la confirmation d'un fait déjà énoncé. » Voilà, c'est tout ce qu'il y est écrit. – UsoUta May 27 at 10:43
  • @Greg: Je suggère que votre excellent commentaire soit converti ou répété comme réponse. – Harry Audus May 28 at 23:53
  • @Greg La subordination serait-elle la cause de la différence peut-être ? – Luke Sawczak Jun 1 at 3:17
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Subjonctif en début de phrase

(Le subjonctif, non l'indicatif, est ici requis. L'inversion des phrases n'est pas considéré dans cette partie.)

Qu'on le veuille ou non, le subjonctif trouve parfois sa place en début de phrase. Point besoin d'aller chercher sous la plume du dédicataire des Fleurs du mal de Baudelaire pour en trouver, mais si jamais on le désirait, en voici un exemple tiré de sa truculente préface aux Jeune-France, publiée après sa mort :

Que je sois damné si, dans six mois, je ne suis pas le fat le plus intolérable qu'il y ait d'ici à bien loin.   – Théophile Gautier

Qu'on me fasse alors savoir que tout ça c'est un peu surrané, voire carrément vieillot, est quelque chose que je devrais sans doute considérer. Pour me dépêtrer de cet argument, voici un dialogue tiré du film Ridicule de Patrice Lecomte, sorti en 1996:

Duc de Guines
...la charge d'assesseur de l'Académie ne saurait échoir à un homme de peu d'esprit.

Baron de Guéret (aigre)
Qu'elle ne m'échoissât point, voilà qui serait bien extravagant.

Comtesse de Blayac (ironique, regardant autour d'elle)
« M'échoissât » ? Il serait plaisant que vous écorchassiez ainsi la langue, tout en veillant sur les discours de nos académiciens !

D'accord d'accord, tout ça aussi sent aussi un peu son XVIIIe siècle.

Revenons donc en notre monde contemporain, afin de voir si des exemples naturels pourraient s'y dénicher. Que le grand cric me croque s'il s'agit là d'une mission impossible.

  • Que vous désiriez quitter ce lieu est une chose. Que vous partiez en insultant tout le monde en est une autre.
  • Que tu sentes la sueur après une dure journée de travail est bien normal. Que tu ne te sois toujours pas lavé quatre heures plus tard est quand même un peu contrariant.
  • Que vous chantiez faux n'est pas très grave. Ce qui compte, c'est qu'on s'amuse.

Que je puisse espérer avoir convenablement illustré la survivance du subjonctif en début de phrase est mon ambition. Que cela soit ou non un succès n'est plus cependant entre mes mains.


Mode du verbe lorsqu’on inverse les propositions

Dans la phrase proposée pour la question, le verbe alterne entre le subjonctif et l'indicatif selon l'ordre des propositions. La certitude exprimée en ce cas semblerait requérir l'indicatif, mais lorsque le verbe est exprimé avant la certitude, on l'a mis au subjonctif. Ceci est dû au fait que le message change un peu, subtilement, lors de l'inversion des propositions.

Dans la première phrase, on exprime d'abord l'existence d'une certitude (je suis certain...), dont on définit ensuite la substance (...que vous travaillez). Comme il s'agit d'une certitude, on utilise l'indicatif. D'autres exemples en variant l'expression de certitude et l'objet de la certitude:

  • Il est incontestable/indéniable/indubitable que nous avons commis une erreur.
  • C'est un fait avéré que les mouches ne naissent pas spontanément de la viande.
  • Nous avons confirmé que vous leur avez mis des bâtons dans les roues.

Nier toute existence de doute est à peu près équivalent à affirmer une certitude. Cependant, parce que le mot de doute a été exprimé, il arrive que sa résonance dans l'esprit provoque un subjonctif malgré tout. L'indicatif demeure possible.

  • Il ne fait aucun doute que vous chantez / chantiez juste.

Je ne doutais pas que la France dût traverser des épreuves gigantesques.   –Général de Gaulle

Par contre, la moindre expression d'un doute positif dans la première partie forcerait le subjonctif dans la seconde:

  • Je doute que nous sachions nous y prendre correctement.
  • Il n'est pas clair que vous ayez collaboré avec toute la bonne volonté que vous déclarez.
  • Il y a trop de zones d'ombre dans ce témoignage pour que nous puissions conclure.

Dans la deuxième phrase maintenant, on déclare tout d'abord une hypothèse, que l'on confirme immédiatement après. C'est une figure de style, bien sûr, puisqu'avant même d'énoncer l'hypothèse, on connaît sa propre conclusion sur le sujet et on ne laissera pas à l'auditoire le temps de réfléchir à la question en profondeur. Le subjonctif adoucit cependant la force de l'affirmation, il permet de montrer qu'on laisse une part de son libre-arbitre à l'auditoire, ne fut-ce qu'un instant. Il ne faudrait d'ailleurs pas sous-estimer la portée temporelle de l'effet adoucissant : il débordera de ce court instant de répit entre l'énonciation de l'hypothèse et celle de la conclusion, et teintera ce qui suivra.

  • Que vous soyez mécontent, j'en suis convaincu.
  • Que nous consommions encore de l'alcool après avoir tout perdu (maison, famille, économies, ...) est une preuve que l'alcoolisme peut être un très sérieux problème.
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    Parmi tes excellents exemples, est-ce qu'il y en a qui seraient à l'indicatif si l'on en inversait la syntaxe ? Sinon je ne suis pas certain que le cas soit pareil. – Luke Sawczak Jun 1 at 3:16
  • @Lukesawczak Tels quels, mes exemples ne fonctionneraient pas à l'indicatif. C'est ce que je voulais montrer. Mais en effet, les inverser conserverait beaucoup de ces subjonctifs. Le grand cric croquant, peut-être: «Il s'agit là d'une mission impossible... que le grand cric me croque!». Et le premier exemple contemporain de mon cru: «Quitter ce lieu est une chose que vous désirez.» – Pas un clue Jun 1 at 5:23
  • @LukeSawczak Sinon, aucun de mes exemples ne suit la structure de l'exemple de la question, «je suis certain que...», «que..., j'en suis certain». Cette certitude y est peut-être pour quelque chose dans le changement de mode dans l'inversion. Le doute ne semble pas avoir la même dynamique: «je doute que tu le veuilles», «que tu le veuilles, j'en doute beaucoup». En tout cas, j'y réfléchirai. Merci du commentaire. – Pas un clue Jun 1 at 5:30
  • 1
    @LukeSawczak Tiens! En y pensant, en variant sur mon dernier exemple: «ce n'est pas un secret que vous chantez faux», «Que vous chantiez faux n'est pas un secret». Et la dernière phrase, versatile dans l'ordre présenté (selon les circonstances que l'on désire exprimer), mais fixée au subjonctif si on l'inverse: «ce qui compte, c'est que nous nous amusons/amusions» (soit on s'amuse présentement, soit on planifie de s'amuser), «que nous nous amusions est ce qui compte» (indépendamment que l'amusement soit maintenant ou en projet). – Pas un clue Jun 1 at 5:36
  • Merci beaucoup pour les élaborations ... Je pense qu'il y a beaucoup de profondeur à plomber dans ce sujet ! – Luke Sawczak Jun 1 at 11:17

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