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En théorie :

  • Je suis allé.
  • Tu es inquiète.

À l'oral (au moins au Québec) :

  • Ch't'allé.     [ʃta.le]
  • T'é (t)inquiète.     [te.tẽ.kjɛt]

L'existence d'un contraste entre la langue orale et celle écrite est immémorial, et certains traits, particularités et irrégularités de la langue parlée sont certainement à peu près inexplicables.

La langue orale pose des défis particuliers: on doit composer son discours sur le vif, ce qui le charge très souvent d'erreurs (plus ou moins fréquentes selon le locuteur ou le temps de préparation), de constructions qui changent soudainement de direction pour diverses raisons, de termes inventés en un instant ou en un très court laps de temps pour des concepts qui émergent et requiert une désignation immédiate. Des jeux de mots ou de l'humour involontaire peuvent introduire des expressions qui vivront un temps dans un cercle plus ou moins étendu.

Parmi les processus à l'œuvre dans la dynamique éloignant la langue orale de la langue écrite, les fausses liaisons sont assez communes (cf. l'étymologie du terme pataquès), et certaines reçoivent parfois leur absolution (par exemple le -t- euphonique) plus tard dans l'histoire de la langue.

Je suis assez (ch't'assez) curieux de connaître l'origine de ce T entre la conjugaison du verbe être aux première et deuxième personnes du singulier et le mot suivant lorsqu'il commence par une voyelle. La connaît-on ? Fausse liaison ? T du verbe être, retiré de ces conjugaisons en particulier, mais remis en place par le génie populaire, voire maintenu d'une conjugaison ancienne ? Autre chose ?

Une autre question sur ce site, sur un sujet similaire, pour les curieux que ça pourrait intéresser : De « je suis » à « ch'u »

4

L'usage incorrect d'un T au lieu d'un Z de liaison est appelé cuir (l'inverse est un velours). "Pataquès" est le nom du phénomène dans son ensemble.

Ici, le -t- apparaît pour les mêmes raisons que le T euphonique. En effet, ces constructions ne permettent pas la liaison du tout, on ne peut donc pas avoir l’erreur de liaison que définit le pataquès. Je suis allé permettant la liaison, ce n'est pas cette forme qui devient directement ch't'allé, mais bien l'intermédiaire (typiquement québécois) Chu allé, avec l'hiatus problématique. Même phénomène avec la formation T'es inquiète, car le français ne permet pas du tout la liaison en -z- après cette forme du verbe être.

Ce ne sont dont pas de vrais pataquès, mais des hiatus apparaissant dans des phrases que les gens prononcent réellement, plutôt que dans une construction aujourd'hui presque entièrement restreinte à l'écrit. Leur résolution passe par un phénomène naturel de la langue.

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    Oui, un phonème éphelcystique ! ;-) – jlliagre Jun 16 at 20:41
  • 1
    @jiliagre Wow, voilà bien un terme que je connaissait absolument pas. – Circeus Jun 17 at 8:13
  • Moi non plus ! Je l'ai trouvé après avoir fait des recherches suite à ta réponse. J'étais à côté de la plaque (ou dans les patates ;-) ) car, je pensais que ce T venait d'un tu proche de celui qu'on entend dans les questions québécoises comme T'es tu allé à Québec ? – jlliagre Jun 17 at 9:04
  • @jlliagre Ce tu est une particule interrogative, qui se cantonne habituellement hors du registre de l'affirmation solide. – Pas un clue Jun 17 at 13:11
  • 1
    Est-ce que la liaison en /z/ est commune après êtes au Québec? Si non, c'est juste une généralisation de la voyelle de liaison de la 3ème personne à toutes les formes de être qui ne terminent par une voyelle, ce qui n'est pas très surprenant et explique pourquoi avoir n'a pas le même comportement – Eau qui dort Jun 18 at 21:34

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