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On a la locution adverbiale populaire — comme qui dirait — signifiant « comme il semble » sur Wiktionnaire, « pour ainsi dire » chez Larousse, Usito ; provenant de « comme si on disait », qui marque « l'approximation, une sorte de synonyme d'à peu près, pour ainsi dire, en quelque sorte. » (Le bon usage, Grevisse et Goosse, éd. Duculot, 14e, § 1112 b).

Pourquoi ce marqueur discursif comporte-t-il un pronom relatif (qui) s'il provient de « comme si on disait » ; est-ce tributaire d'une évolution du verbe (dire) ou d'une langue écrite plus ancienne et le cas échéant pourquoi avait-on cette particularité ?

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Il s'agit ici d'un emploi ancien du relatif qui. Au départ, l'expression comme qui dirait a le sens de « comme si l’on disait ».

Dans une note historique au sujet de qui Grevisse1 précise que :

Au moyen âge et jusqu'au XVIe siècle on employait communément un qui indéfini et suppositif au sens de « si l'on » ou de « si quelqu'un » Ki2 lui véist Sarrazins desmembrer (...) De bon vassal li poüst remembrer [si quelqu'un l'avait vu démembrer les sarrazins, il aurait pu se souvenir d'un bon vassal] (Chanson de Roland 1970-72). — C’est une vaine étude, qui veut ; mais qui veut aussi, c’est une étude de fruit inestimable. (Montaigne, Essais)
[...]
Cet usage se retrouve dans la locution comme qui dirait et dans l'ancien dicton Tout vient à point qui sait attendre. La valeur de qui n'étant plus comprise on a dit Tout vient à point à qui sait attendre3.

Christiane Marchello-Nizia dans son Histoire de la langue française aux XIVe et XVe siècles dit :

Il y a en moyen français (comme en ancien français) une construction très vivante où qui n'a pas d'antécédent précisé, où il est en quelque sorte un relatif indéfini. On peut distinguer trois constructions : ou bien la relative a une fonction claire dans la principale (sujet du verbe par exemple) ; ou bien la relative est reprise par un pronom (il ou on) dans la principale ; ou bien la personne ou l'objet représenté par qui est absolument absent de la principale (c'est alors que l'on a recours à la traduction « si on... »).

C'est ce dernier cas qui nous intéresse ici et l'auteure donne en exemple :

qui me paiast je m'en alasse4 (Farce de Maitre Pathelin, v. 603)

Pour finir je renvoie à une communication faite par Sonia Gómez-Jordana Ferary au colloque international Ci-Dit | Discours rapporté, citation et pratiques sémiotiques qui s'est tenu en 2009 : L’évolution de comme qui dirait en français où l'auteure expose l'« évolution sémantique et syntaxique tendant vers une plus grande subjectivité » du marqueur comme qui dirait.


1 Le bon usage, (10e édition, § 541).
2 Graphie de qui en ancien français. (Voir dictionnaire historique de l'ancien langage françois)
3 Au sujet de l'évolution du sens de ce proverbe on peut lire l'article qui lui est consacré dans la revue Romania « Tout vient à point qui sait attendre » (A. Delboulle, 1884, 50-51 p. 425-426).
4 Si on me payait, je m'en irais. (Notre traduction)

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    @EylaChu-Generis Je me sens aussi moins ignorante après avoir répondu. Le sens de qui chez Montaigne résonnait encore quelque peu via de vagues souvenirs de lycée mais j'ai dû approfondir. Voir aussi le n° 2/2015 de la revue « Langue Française » co-dirigé par Sonia Gómez-Jordana Ferary avec un dossier Dire et ses marqueurs, tous les articles sont librement téléchargeables, et elle y publie Dans la famille des comme on dit, qui dit quoi ? Polyphonie et médiativité chez comme qui dirait, comme disait l’autre, comme tu dis.
    – None
    Aug 13 at 9:06

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