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Bonjour,

Dans L'enfant de Maupassant :

Je n'ai pas aimé d'autre homme que toi... Promets-moi de ne pas l'abandonner.

Je ne comprends pas très bien l'usage de la preposition de ici.

Y a-t-il une différence entre ne pas aimer (un) autre homme et ne pas aimer d'autre homme ?

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  • 6
    Tu fais une confusion : c'est aimer de + infinitif qui est signalé comme littéraire dans le TLF (et j'ajouterais vieillie). Dans la phrase que tu cites il s'agit de l'emploi normal de aimer suivi d'un groupe nominal complément. Et la différence est entre un autre homme et d' autre homme, aucune des deux n'est plus littéraire que l'autre.
    – None
    Nov 18 '21 at 17:02
  • 6
    @Lambie C'est la négation qui entraine l'emploi de de.
    – None
    Nov 18 '21 at 17:08
  • 2
    @Lambie si, c'est possible, nuances. Je suis quasi sûre qu'il y a déjà des questions à ce sujet sur FL, mais pas encore trouvé, je cherche...
    – None
    Nov 18 '21 at 17:13
  • 5
    @Lambie Dans le cas que tu donnes la phrase a un article défini : les, et à la forme négative (sauf nuance spéciale) l'article défini disparait (donc reste de). Je ne mange pas des bananes tous les jours et je ne mange pas de bananes tous les jours représentent des contextes (et des nuances donc) différents. Dans le cas de la question d'Ovide c'est un qui disparait et de qui apparait. La règle générale est : Les articles indéfinis et partitifs deviennent de quand il y a une négation dans la phrase. Mais les articles peuvent rester quand on veut introduire une nuance.
    – None
    Nov 18 '21 at 18:24
  • 4
    @Oreste On s'attend à ce que le partitif soit je mange de la banane mais on préfère dire je mange des bananes comme on dit je mange des frites. C'est bien un partitif car on parle dans les deux cas d'une quantité indéfinie, qu'on ne dénombre pas. Si on compte les bananes, la négation sera de toute façon de aussi.
    – jlliagre
    Nov 20 '21 at 2:38
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Dans une phrase dont le verbe est à la forme négative la règle générale est de mettre de à la place de l'article indéfini devant le COD de ce verbe.

Lorsqu’ils se trouvent dans une phrase négative avec ne… pas, ne… plus, etc., l’article indéfini (un, une, des) et l’article partitif (du, de la, des) sont habituellement réduits à de (ou d’) devant le complément direct. (BDL)

Donc de (article indéfini ici et non pas préposition) est la forme tout à fait normale qui doit être dans la phrase :

Je n'ai pas aimé d'autre homme que toi... Promets-moi de ne pas l'abandonner.

De ne peut pas être employé dans la forme affirmative de cette phrase puisque le COD est singulier. On ne dit pas :

  • J'ai aimé d'autre homme que toi.

mais

  • J'ai aimé un autre homme que toi.

Et ceci n'a absolument aucun rapport avec le fait que l'adjectif employé soit le mot autre. On dit : « J'ai écrit une lettre./ Je n'ai pas écrit de lettre. »

Mettre de à la place de l'article indéfini est la règle générale, ce qui veut dire qu'il est possible, et correct, de dire : « Je n'ai pas aimé un autre homme que toi. »

Y a-t-il une différence entre ne pas aimer un autre homme et ne pas aimer d'autre homme ?

On peut voir une nuance selon les contextes. Dans le cas de la phrase de Maupassant, s'il y en a une, elle me parait ténue et toute interprétation sujette à discussion. En poussant assez loin je dirais qu'on pourrait éventuellement considérer que « Je n'ai pas aimé un autre homme que toi » rendrait les sentiments de la fille Ravet vis à vis de Bourdillère plus vagues, moins consistants, et que « d'autre homme que toi » garde à cet amour sa forme exclusive : Bourdillère à été le seul et unique amour de sa vie.

Dans une tout autre situation, par exemple : « Je n'ai pas aimé un autre homme que toi, j'ai aimé une femme » il me semblerait indispensable de mettre un car on aurait là deux éléments en contraste.

Si on ne peut pas écrire J'ai aimé d'autre homme que toi on peut, et on doit, écrire « J'ai aimé d'autres hommes que toi » parce que le groupe nominal est ici au pluriel et que :

  1. au pluriel l'article indéfini un/une devient des.

  2. l'article indéfini des se réduit à de/d' devant un nom précédé d'un adjectif qualificatif1.


1 Nombreuses références facilement accessibles pour ces deux règles, en voici une sur le site du Robert).

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La réponse qui succède à celle-ci (avant la présente correction) justifie l'utilisation de « de » dans la locution « pas d'autre homme que », ce mot étant la forme de l'article indéfini en contexte négatif de négation dite totale. Les règles concernant ce point de grammaire peuventt être lue dans La grammaire de l'étudiant finnophone (de Jean-Michel Kalmbach), la section particulière étant « Modifications dans une phrase négative ». L'essentiel est dit dans la réponse mentionnée et la présente correction à ma réponse, qu'annule la réponse mentionnée, est utilisé pour apporter quelques précisions.

Forme de devant CVD et sujet postposé Quand l’ar­ti­cle in­dé­fi­ni (tou­tes les for­mes, c’est-à-dire singulier, pluriel et massif) dé­ter­mi­ne un grou­pe no­mi­nal qui est com­plé­ment de ver­be direct (CVD) d’un ver­be à la for­me né­ga­ti­ve, il prend gé­né­ra­le­ment la for­me de :

♦ J’ai une voiture. vs Je n’ai pas en­co­re de voiture.
♦ J’ai remar­qué des fautes. vs Je n’ai pas remar­qué de fautes.
♦ Nous n’avons pas appris de mots nouveaux.
♦ Aujourd’hui, je n’ai pas eu besoin de prendre de médicaments.
♦ Ne fais pas de bruit.

Exceptions Cepen­dant, cette règle de la transformation de l’ar­ti­cle dans une phra­se né­ga­ti­ve ne s’applique pas sys­té­ma­ti­que­ment. L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni peut conserver sa for­me nor­ma­le dans les cas sui­vants.
a) Négation partielle
b) La néga­tion porte sur un au­tre élé­ment que le CVD
c) Affirma­tion cachée en né­ga­tion

a) L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni devant CVD d’une phra­se né­ga­ti­ve devient de quand la néga­tion est totale. Ex­em­ple : le lo­cu­teur devait acheter des pommes et ne l’a pas fait, il dit :

  • Je n’ai pas acheté de pommes.

Donc il est revenu sans les pommes prévues, le com­plé­ment du ver­be est « nié » com­plè­tement (com­plé­ment = « zéro, rien »). De mê­me, dans la phra­se sui­vante, on dit que la police n’a rien trouvé qui puisse servir à accuser le suspect (com­plé­ment = « zéro, rien ») :

  • La police n’a pas pu trouver de preuves contre le suspect.

Mais la néga­tion peut aus­si être partielle : le ver­be peut avoir un com­plé­ment, mais ce com­plé­ment est dif­fé­rent de celui prévu ou supposé. Dans ce cas, l’ar­ti­cle reste gé­né­ra­le­ment à la for­me nor­ma­le des/du/de la/de. Dans la phra­se sui­vante, la per­son­ne a bien acheté quel­que chose, mais ce ne sont pas des pommes. Ce qui est nié est la nature du com­plé­ment, et non pas le com­plé­ment tout entier :

Je n’ai pas acheté des pommes, j’ai acheté des cerises.

C'est dans cette catégorie (a)) que convient l'exemple trouvé dans la réponse mentionnée ci-dessus.

  • Je n'ai pas aimé un autre homme que toi, j'ai aimé une femme.

b) La néga­tion peut aus­si être par­tielle en ce sens qu’elle ne porte pas sur le com­plé­ment direct du ver­be, mais sur un au­tre élé­ment de la phra­se, par ex­em­ple sur l’ad­jec­tif qui ca­ra­cté­ri­se le com­plé­ment (et non pas sur tout le com­plé­ment) :

■ Il ne faut pas y ac­cor­der une grande importance. [On peut y ac­cor­der de l’importance, mais pas trop.]
■ Il n’a pas obtenu des résultats vraiment intéressants [Il a bien obtenu des résultats, mais qui ne sont pas intéressants.]
■ La police n’a pas trouvé des preuves décisives contre le suspect. [La police a donc trouvé des preuves, mais elles n’étaient pas décisives.]
■ Nos voisins n’ont pas un petit voilier, ils ont un catamaran de 15 m !

C’est éga­le­ment le cas quand la néga­tion porte sur un ad­ver­be ou un complément de phra­se. Ces élé­ments sont in­di­qués en italiques dans les exemples sui­vants :

■ Demain nous n’irons pas faire du ski.
■ Avec le temps qu’il a fait cet hiver, on n’a pas sou­vent fait du patinage sur le lac.
■ Autrefois, les gens ne mangeaient pas de la viande tous les jours.
■ Cette année, on n’est pas allés acheter du vin chez le producteur. [mais ailleurs]
■ Les chercheurs n’ont pas obtenu des résultats im­mé­dia­te­ment.
■ Adecco ne pourra pas vous proposer des missions avant votre arrivée en France.
■ Vous ne pourrez pas fabriquer du fromage avec des moyens au­si dérisoires.
■ La sépara­tion des déchets de verre est im­por­tan­te car on ne peut pas produire du verre incolore à partir d’un verre coloré.
■ Les Fran­çais ne boivent plus aus­si sou­vent du vin aux repas qu’il y a en­co­re vingt ans.

Voici un arrangement justifiant l'usage de « un » selon les directives de cette section ( b)). Remarquer que la négation partielle ne porte pas sur une modification réelle du complément (adjectif ou autre), mais sur la « modification zéro » (le manque de toute modification).

  • — Alors tu as aimé un autre homme que moi ?
    — Non, je n'ai pas aimé un autre homme que toi, j'ai aimé un homme auquel je tenais plus que je n'ai jamais tenu à toi. [pas simplement un autre homme]

c) L’ar­ti­cle in­dé­fi­ni conserve aus­si sa for­me nor­ma­le si la néga­tion cache une affirma­tion déguisée ou at­té­nuée, no­tam­ment dans les questions polies ou dans l’in­ter­ro­ga­tion indi­rec­te :

■ Vous n’auriez pas de la monnaie ?
■ Tu ne pourrais pas me prêter un sac de cou­chage pour les vacances ?
■ Une associa­tion locale me demande si je ne pourrais pas leur fournir des tee-shirts avec leur logo.
■ On peut se demander si cette déclara­tion n’a pas donné des idées à des apprentis terroristes, à moins que ce ne soit les films d’Hollywood. […]
Dans tou­tes ces phra­ses, le ver­be cor­res­pond en fait à un ver­be affirmatif (si je pou­vais leur fournir / a sans doute donné des idées […]).

L'arrangement suivant est une illustration pour la présente section, mais certains changements supplémentaires sont nécéssaires.

  • Tu n'aimerais pas un autre homme que moi par hazard ?

Ceci dit, il convient de préciser que les utilisateurs du langage, même les écrivains, ne sont pas parfaitement conscients de toutes les subtilités qui viennent d'être exposées, et donc qu'il faut faire des vérifications dans les grammaires jusqu'à ce qu'on soit sûr de ce qui est écrit (ou dit), à moins d'être partisan d'un certain laisser-faire.

(réf. 2019) La socratité ne donne pas un autre homme que Socrate. Mais l'idée de Socrate ne contient pas toujours tout ce que désigne ce nom

(réf.) Ils finiront par comprendre que je n'épouserai pas un autre homme que toi. Je ne veux pas me fâcher avec la famille de mon père, mais il faut qu'ils comprennent :

(réf., 2017) Je ne chercherai pas un autre homme que vous parce que je ne me remarierai jamais. Croyez-moi quand je vous dis que le mariage n'est pas pour moi, Henri.

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  • Il n'est pas question d'une quelconque tournure littéraire dans la question actuelle qui n'a rien à voir avec la question initiale (voir l'historique des edits).
    – None
    Nov 18 '21 at 18:29
  • @None Qui parle d'une tournure littéraire ? Je précise que ce n'est pas rune tournure qui n'est pas resteinte à la langue littéraire et qu'on peut l'employer dans la conversation courante.
    – LPH
    Nov 18 '21 at 18:32
  • cf. Toi: "Note Pour répondre à un commentaire dans le post initial, non, cette tournure n'est pas littéraire, c'est de la langue courante." On ne peut que comprendre "cette tournure dont je viens de parler". Je te faisais remarquer que personne ne demande si elle est littéraire, relis donc la question. Et le commentaire dont tu parles ne porte pas sur la tournure dont tu parles.
    – None
    Nov 18 '21 at 18:35
  • @None Non, je parle du second commentaire sous le post initial, celui de user ovide.
    – LPH
    Nov 18 '21 at 18:37
  • Mais je l'avais compris et je faisais remarquer que ce commentaire que tu mentionnes ne concerne pas la question à laquelle tu réponds, puisque la question a été modifiée après éclaircissement de la confusion initiale chez le PO.
    – None
    Nov 18 '21 at 18:44

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