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Comme tout le monde, mon oreille et mon intuition à moi se sont développées dans l’environnement de ma langue maternelle, à savoir l’anglais. Et je me demande si c’est dû à cette influence que les expressions emprunter à et acheter à me semblent singulières.

Ma perspective c’est que le mot à s’emploie pour indiquer les destinations et que c’est le mot de qui s’emploie pour indiquer les sources. Alors, dans la conversation :

Tu y es allé en voiture ?
Oui, j’en ai emprunté une à une copine.

cette intuition m’aurait prédit que la forme correcte serait *J’en ai emprunté une d´une copine, car c’est en ma possession à moi que l’auto est entrée (pour un temps), tandis que ma copine est celle à partir de laquelle je l’ai reçue. (Si je ne me trompe pas, emprunter une d’une copine signifie en réalité emprunter [à un prêteur non précisé] une [voiture] qui appartient à une copine. C’est ça ?)

Pareillement, dans la conversation :

Où as-tu eu la bagnole ?
Ah, je l’ai achetée à un collègue de travail.

la préposition me semble l’inverse de ce que nécessite la logique. J’aurais cru que l’emploi apte serait *Je l’ai achetée d´un collègue de travail.

En effet, ma logique semble être à l’œuvre dans le cas de l’antonyme vendre :

Tu n’as plus de voiture ?
Non, je l’ai vendue au boulanger.

même si l’interlocuteur pourrait bien répondre,

Sans déc, il te l’a achetée à toi ?

J’imagine que mon intuition me fourvoie. Quelle serait l’intuition des francophones à cet égard ? La notion des sources et des destinations ne s’applique pas à ces verbes ? Si tel est le cas, y a-t-il d’autres verbes semblables ? Je ne crois pas, par exemple, qu’on reçoive quelque chose à quelqu’un.

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Acheter de se disait autrefois :

Je payerai en outre la somme de 5,000 fr. pour l acquisition du presbytère que je veux acheter de M. Bodin tant en mon nom qu'au nom de mes successeurs à perpétuité.
Précis pour M. l'abbé Cholet, 1842

Il a été peu à peu supplanté par acheter à à partir du début du XIXe siècle.

Peut-être que la préposition de a été délaissée dans cet usage parce qu'elle était aussi utilisée pour indiquer la source du financement (acheter de ses deniers).

Quand il y a ambiguïté, ou quand le fournisseur et le destinataire sont tous deux cités, on peut distinguer ce dernier en utilisant pour.

Cette transition est visible dans les différentes éditions du dictionnaire de l'Académie.

Acheter une chose à quelqu’un, signifie quelquefois, L’acheter de lui. Je lui ai acheté un volume qu’il m’a fait payer cher. Vous ne sortirez pas de ma boutique sans m’acheter quelque chose. Il signifie aussi, Acheter pour quelqu’un. J’ai acheté une montre à mon fils pour ses étrennes.
Dict. Académie, 6e édition

Acheter une chose à quelqu’un signifie L’acheter de lui. [...]
Dict. Académie, 8e édition (quelquefois a disparu)

Emprunter est lui aussi utilisé avec à et pour (J'ai emprunté un vélo à mon ami pour mon fils) mais il n'y a pas d'ambiguïté car on utilise prêter à si seul le destinataire est cité.

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